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Jacques Cazotte - Le Diable amoureux
mettre le signe dans la main.
- Qu'à cela ne tienne, repris-je, et sur-le-champ je leur donne un doublon.
- Vois, Zoradille, dit la plus âgée, vois comme il est noble, comme il est fait pour jouir de tous les trésors qui lui sont destinés. Allons, pince la guitare, et suis-moi." Elle chante :
L'Espagne vous donna l'être,
Mais Parthénope vous a nourri :
La terre en vous voit son maître,
Du ciel, si vous voulez l'être,
Vous serez le favori.
Le bonheur qu'on vous présage
Est volage, et pourrait vous quitter.
Vous le tenez au passage :
Il faut, si vous êtes sage,
Le saisir sans hésiter.
Quel est cet objet aimable ?
Qui s'est soumis à votre pouvoir ?
Est-il...
Les vieilles étaient en train. J'étais tout oreilles. Biondetta a quitté la danse : elle est accourue, elle me tire par le bras, me force à m'éloigner.
"Pourquoi m'avez-vous abandonnée, Alvare ? Que faites-vous ici ?
- J'écoutais, repris-je...
- Quoi ! me dit-elle, en m'entraînant, vous écoutiez ces vieux monstres ?...
- En vérité, ma chère Biondetta, ces créatures sont singulières : elles ont plus de connaissances qu'on ne leur en suppose ; elles me disaient...
- Sans doute, reprit-elle avec ironie, elles faisaient leur métier, elles vous disaient votre bonne aventure : et vous les croiriez ? Vous êtes, avec beaucoup d'esprit, d'une simplicité d'enfant. Et ce sont là des objets qui vous empêchent de vous occuper de moi ?...
- Au contraire, ma chère Biondetta, elles allaient me parler de vous.
- Parler de moi ! reprit-elle vivement, avec une sorte d'inquiétude, qu'en savent-elles ? qu'en peuvent-elles dire ? Vous extravaguez. Vous danserez toute la soirée pour me faire oublier cet écart."
Je la suis : je rentre de nouveau dans le cercle, mais sans attention à ce qui se passe autour de moi, à ce
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