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Jacques Cazotte - Le Diable amoureux

formaient sous les arbres de l'avenue des groupes aussi agissants que variés, et embellissaient notre
perspective.

Biondetta cherchait continuellement mes regards, et les forçait à se porter vers ces objets dont elle
paraissait agréablement occupée, semblant me reprocher de ne point partager avec elle tout l'amusement

qu'ils lui procuraient.

Mais le repas a déjà paru trop long à la jeunesse, elle attend le bal. C'est aux gens d'un âge mûr à montrer
de la complaisance. La table est dérangée, les planches qui la forment, les futailles dont elle est soutenue,

sont repoussées au fond de la feuillée ; devenues tréteaux, elles servent d'amphithéâtre aux symphonistes.

On joue le fandango sévillan, de jeunes Égyptiennes l'exécutent avec leurs castagnettes et leurs tambours

de basque ; la noce se mêle avec elles et les imite : la danse est devenue générale.

Biondetta paraissait en dévorer des yeux le spectacle. Sans sortir de sa place, elle essaie tous les
mouvements qu'elle voit faire.

"Je crois, dit elle, que j'aimerais le bal à la fureur." Bientôt elle s'y engage et me force à danser.

D'abord elle montre quelque embarras et même un peu de maladresse : bientôt elle semble s'aguerrir et
unir la grâce et la force à la légèreté, à la précision. Elle s'échauffe : il lui faut son mouchoir, le mien,

celui qui lui tombe sous la main : elle ne s'arrête que pour s'essuyer.

La danse ne fut jamais ma passion ; et mon âme n'était point assez à son aise pour que je pusse me livrer
à un amusement aussi vain. Je m'échappe et gagne un des bouts de la feuillée, cherchant un endroit où je

pusse m'asseoir et rêver.

Un caquet très bruyant me distrait, et arrête presque malgré moi mon attention. Deux voix se sont élevées
derrière moi. "Oui, oui, disait l'une, c'est un enfant de la planète. Il entrera dans sa maison. Tiens,

Zoradille, il est né le trois mai à trois heures du matin...

- Oh ! vraiment, Lélagise, répondait l'autre, malheur aux enfants de Saturne, celui-ci a Jupiter à
l'ascendant, Mars et Mercure en conjonction trine avec Vénus. O le beau jeune homme ! quels avantages

naturels ! quelles espérances il pourrait concevoir ! quelle fortune il devrait faire ! mais..."

Je connaissais l'heure de ma naissance, et je l'entendais détailler avec la plus singulière précision. Je me
retourne et fixe ces babillardes.

Je vois deux vieilles Égyptiennes moins assises qu'accroupies sur leurs talons. Un teint plus qu'olivâtre,
des yeux creux et ardents, une bouche enfoncée, un nez mince et démesuré qui, partant du haut de la tête,

vient en se recourbant toucher au menton ; un morceau d'étoffe qui fut rayé de blanc et de bleu tourne

deux fois autour d'un crâne à demi pelé, tombe en écharpe sur l'épaule, et de là sur les reins, de manière

qu'ils ne soient qu'à demi nus ; en un mot, des objets presque aussi révoltants que ridicules.

Je les aborde. "Parliez-vous de moi, mesdames ? leur dis-je, voyant qu'elles continuaient à me fixer et à
se faire des signes...

- Vous nous écoutiez donc, seigneur cavalier ?

- Sans doute, répliquai-je ; et qui vous a si bien instruites de l'heure de ma nativité ?...

- Nous aurions bien d'autres choses à vous dire, heureux jeune homme ; mais il faut commencer par

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