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Jacques Cartier - Voyage au Canada

française, émanée de l'un des compagnons de Jacques Cartier, sinon de lui-même: &de l'édition qui en
fut faite à Paris en 1545, les bibliographes ne connaissent plus en Europe qu'un seul exemplaire, conservé

au musée Britannique; c'est là qu'il a fallu en aller prendre une exacte copie à l'intention des amateurs qui

attachent du prix à ces vieilles reliques, pour la reproduire scrupuleusement dans le mince volume en tête

duquel nous écrivons ces lignes.

II

Les côtes derrière lesquelles s'étendent les parages explorés, pour la première fois suivant toute
apparence, par le célèbre malouin, avaient dès long-temps été reconnues, &la tradition a conservé la

mémoire d'établissements fort anciens en quelques parties de ce vaste littoral qui s'étend, vis-à-vis de

l'Europe occidentale, depuis les abords de la zone torride jusqu'aux froides régions arctiques.

Les enfants de la verte Erin, qui de nos jours émigrent en si grand nombre vers les Etats de l'Union
américaine, avaient, comme aux Faer-oer &comme en Irlande, devancé pareillement sur cette marge

extrême de l'Océan occidental, les aventuriers scandinaves, qui partout les rencontrèrent déjà établis;

quand le chef islandais Are Marson, le trisaïeul du savant Are Froda, fut jeté par la tempête en 983 sur

ces lointains rivages, que les sagas du Nord ont appelés Irland it Mikla, ou la Grande-Irlande, il y fut

recueilli par une population chrétienne, qui le baptisa &le retint au milieu d'elle; c'est là que seize ans

après vint se réfugier Bioern Asbrandson, s'arrachant à l'amour de la belle Thurida pour fuir la colère

d'un frère offensé; &il avait passé vingt-huit années sur cette terre étrangère quand y aborda son

compatriote Gudleif Gudlangson, parti de Dublin pour retourner en Islande, poussé par les vents du

nord-ouest jusque par delà l'Océan, surpris d'y entendre encore les sons de la langue d'Erin, mais

reprenant aussitôt la mer, grâce à l'entremise de Bioern, &emportant de la part du vieil exilé un anneau

d'or pour sa bien-aimée Thurida, &une épée pour Kiartan, le fils qu'il avait eu d'elle.

A côté de ces vestiges des anciennes émigrations transatlantiques des Irlandais, leurs voisins les Gallois
ont peut-être aussi une place à revendiquer pour eux-mêmes: du moins se conserve-t-il chez eux une

certaine tradition des navigations occidentales de Madoc, le second des fils d'Owen Guynedd, un de leurs

princes; fuyant les discordes intestines de sa propre famille, il partit en 1170 pour aller à la découverte

vers ces lointains parages, y choisit un lieu à sa convenance où il débarqua cent vingt hommes, &revint

équiper en Europe une flottille de dix navires pour transporter dans ce nouvel établissement tous les

éléments d'une colonie permanente; mais là s'arrête la vieille légende, &quelques vers gallois du

quinzième siècle ont seuls tardivement consacré le souvenir de l'entreprise de Madoc ap Owen.

III

Les établissements scandinaves offrent à notre investigation plus de certitude, de suite &de durée.
L'islandais Biarne Hériulfson, écarté pendant une brume intense de sa route vers le Groenland où il allait

retrouver son père, avait aperçu &côtoyé en 896 des terres inconnues vers l'occident, d'où il avait regagné

en cinq journées de mer la demeure paternelle; le récit qu'il en faisait un jour, après plusieurs années, à la

cour de Norvège, fit naître le regret qu'il n'eût pas effectué une reconnaissance plus exacte de ces

contrées nouvelles; si bien qu'un de ses compagnons, Leif Erikson ayant résolu d'aller compléter sa

découverte, lui acheta son navire, y embarqua trente-cinq hommes au printemps de l'an 1000, &vint

atterrir à la côte signalée par Biarne, au point où celui-ci l'avait perdue de vue: ce n'était qu'un plateau

rocheux &aride, Helluland, où l'érudition moderne a cru reconnaître Terre-Neuve; on reprit la mer, &l'on

vint descendre, au bout de trois journées au sud-ouest, sur une terre plate &boisée, Markland, signalée

par la blancheur des sables du rivage, telle que les instructions nautiques représentent l'Acadie; puis

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