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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

Pour se justifier, Votre Excellence invoque "la conduite de l'Angleterre et de la France qui ont, dit-elle,
enlevé sur les bateaux neutres tous les Allemands de 17 à 50 ans, pour les interner dans les camps de

concentration".

Si l'Angleterre et la France avaient commis une injustice, c'est sur les Anglais et les Français qu'il
faudrait vous venger et non sur un peuple inoffensif et désarmé. Mais y a-t-il eu injustice? Nous sommes

mal informés de ce qui se passe au delà des murs de notre prison, mais je suis fort tenté de croire que les

Allemands saisis et internés appartenaient à la réserve de l'armée impériale; ils étaient donc des militaires

que l'Angleterre et la France avaient le droit d'envoyer dans des camps de concentration.

L'occupant s'est emparé d'approvisionnement considérables de matières premières destinées à notre
industrie nationale: il a saisi et expédié en Allemagne les machines, les outils, les métaux de nos usines et

de nos ateliers. La possibilité du travail national ainsi supprimée, il restait à l'ouvrier une alternative:

travailler pour l'empire allemand, soit ici, soit en Allemagne, ou chômer. Quelques dizaines de milliers

d'ouvriers, sous la pression de la peur ou de la faim, acceptèrent, à regret pour la plupart, du travail de

l'étranger; mais quatre cent mille ouvriers ou ouvrières préférèrent se résigner au chômage, avec ses

privations, que de desservir les intérêts de la patrie; ils vivaient dans la pauvreté, à l'aide du maigre

secours que leur allouait le Comité national de secours et d'alimentation contrôlé par les ministères

protecteurs d'Espagne, d'Amérique, de Hollande.

Calmes, dignes, ils supportaient sans murmure leur sort pénible. Nulle part, il n'y eut ni révolte ni
apparence de révolte. Patrons et ouvriers attendaient avec endurance la fin de notre longue épreuve.

Cependant, les administrations communales et l'initiative privée essayaient d'atténuer les inconvénients

indéniables du chômage. Mais le pouvoir occupant paralysa leurs efforts. Le Comité national tenta

d'organiser un enseignement professionnel à l'usage des chômeurs. Cet enseignement pratique,

respectueux de la dignité de nos travailleurs, devait leur entretenir la main, affiner leurs capacités de

travail, préparer le relèvement du pays. Qui s'opposa à cette noble initiative, dont nos grands industriels

avaient élaboré le plan? Qui? Le pouvoir occupant. .................................................

Mais l'Allemagne, par divers procédés, notamment par l'organisation de ses "Centrales", sur lesquelles ni
les Belges, ni les ministres protecteurs ne peuvent exercer aucun contrôle efficace, absorbe une part

considérable des produits de l'agriculture et de l'industrie du pays. Il en résulte un renchérissement

considérable de la vie, cause de privations pénibles pour ceux qui n'ont pas d'économies. La

"communauté d'intérêts" dont la lettre vante pour nous l'avantage n'est pas l'équilibre normal des

échanges commerciaux, mais la prédominance du fort sur le faible.

Cet état d'infériorité économique auquel nous sommes réduits, ne nous le présentez donc pas, je vous
prie, comme un privilège qui justifierait le travail forcé au profit de notre ennemi et la déportation de

légions d'innocents en terre d'exil.

L'esclavage, et la peine la plus forte du code pénal après la peine de mort, la déportation! La Belgique,
qui ne vous fit jamais aucun mal, avait-elle mérité de vous ce traitement qui crie vengeance au ciel?

Il y a deux ans, entend-on répéter, c'était la mort, le pillage, l'incendie, mais c'est la guerre! Aujourd'hui,
ce n'est plus la guerre, c'est le calcul froid, l'écrasement voulu, l'emprise de la force sur le droit,

l'abaissement de la personnalité humaine, un défi à l'humanité.

Il dépend de vous, Excellence, de faire taire ces cris de la conscience révoltée. Puisse le bon Dieu, que
nous invoquons de toute l'ardeur de notre âme pour notre peuple opprimé, vous inspirer la pitié du bon

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