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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

Le psaume s'achève en paroles imprécatoires. Nous nous interdisons de les reproduire; nous ne sommes
plus du Testament Ancien, qui tolérait la loi du talion: "Oeil pour oeil, dent pour dent." Nos lèvres,

purifiées par le feu de la charité chrétienne, ne profèrent point de haine.

Haïr, c'est prendre le mal d'autrui pour but et s'y complaire. Quelles que soient nos douleurs, nous ne
voulons point de haine à ceux qui nous les infligent. La concorde nationale s'allie, chez nous, à la

fraternité universelle. Mais au-dessus du sentiment de l'universelle fraternité, nous plaçons le respect du

droit absolu, sans lequel il n'y a pas de commerce possible, ni entre les individus, ni entre les nations.

Et voilà pourquoi, avec saint Thomas d'Aquin, le docteur le plus autorisé de la théologie chrétienne, nous
proclamons que la vindicte publique est une vertu.

Le crime, violation de la justice, attentat à la paix publique, qu'il émane d'un particulier ou d'une
collectivité, doit être réprimé. Les consciences sont soulevées, inquiètes, à la torture, tant que le coupable

n'est pas, selon l'expression si saine et si forte du langage spontané, remis à sa place; c'est rétablir l'ordre,

rasseoir l'équilibre, restaurer la paix sur la base de la justice.

La vengeance publique ainsi comprise peut irriter la sensiblerie d'une âme faible; elle n'est pas moins, dit
saint Thomas, l'expression, la loi de la charité la plus pure et du zèle qui en est la flamme. Elle ne se fait

pas de la souffrance une cible, mais une arme, vengeresse du droit méconnu.

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Le chef de l'une de nos plus nobles familles m'écrivait: "Notre fils, du 7e de ligne, est tombé; ma femme
et moi en avons le coeur brisé; cependant, s'il le fallait, nous le redonnerions encore."

Un vicaire de la capitale vient d'être condamné à douze ans de travaux forcés. On me permet d'aller dans
sa cellule l'embrasser et le bénir: "J'ai, dit-il, trois frères au front; je crois être ici pour avoir aidé le plus

jeune - il a dix-sept ans - à rejoindre ses aînés; une de mes soeurs est dans une cellule voisine, mais, j'en

remercie le bon Dieu, ma mère ne reste pas seule; elle nous l'a fait dire; d'ailleurs, elle ne pleure pas."

N'est-ce pas que nos mères font songer à la mère des Macchabées?

Que de leçons de grandeur morale! Ici même et sur le chemin de l'exil, et dans les prisons et dans les
camps de concentration, en Hollande et en Allemagne!

Pensons-nous assez à ce que doivent souffrir ces braves qui, depuis le début de la guerre, au lendemain
de la défense de Liège et de Namur ou de la retraite d'Anvers ont vu leur carrière militaire brisée et

rongent leur frein; ces gardiens du droit ou de nos franchises communales, que leur vaillance a réduits à

l'inaction!

Il y a du courage dans l'élan; il n'y en a pas moins à le contenir. Il y a même plus de vertu, parfois, à pâtir
qu'à agir.

Et ces deux années de soumission du peuple belge à l'inévitable? cette ténacité profonde qui faisait dire à
une humble femme, devant laquelle on discutait la possibilité d'une prochaine conclusion de la paix:

Oh! pour nous, il ne faut rien presser; nous attendrons encore!
Comme tout cela est beau et plein
d'enseignements pour les générations à venir!

Voilà ce qu'il faut voir, mes Frères: la magnanimité de la nation dans le sacrifice, notre universelle et
persévérante confraternité dans les angoisses, dans les deuils, et dans la même invincible espérance; voilà

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