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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

Le Gouvernement allemand répondit par une note où il prétendait que la liberté de l'Eglise n'a rien à
voir dans cette affaire et que c'est en vain que le cardinal, faute d'avoir des sujets de plaintes légitimes,

s'efforçait d'inventer une violation des droits ecclésiastiques par l'Allemagne.

Néanmoins, le chanoine Loncin fut relâché.

Vers la même époque, le cardinal Mercier eut encore à se plaindre des procédés allemands à propos
d'un mandement de Carême. A la vérité, il n'y avait pour les Allemands rien de particulier à relever dans

ce document d'inspiration purement religieuse, mais le mot d'ordre, nous l'avons dit, était de chercher

misère. On releva donc une phrase ainsi connue: "Ni le cheval, ni le chevalier, ni la force des armées ne

garantissent le succès final. Est-ce que Dieu ne peut pas anéantir en un clin d'oeil les plus belles

espérances d'une nation belliqueuse en déchaînant sur elle une épidémie? C'est entre les mains de Dieu

que repose le sort de la Belgique."

Von Bissing écrivit à l'archevêque une lettre grossière où il lui faisait reproche, à l'abri de cette
phrase séparée de son contexte, de vouloir soulever la population contre l'occupant.

L'archevêque répondit simplement qu'il n'avait fait, en écrivant ce mandement, qu'exercer son droit
d'évêque, et que les Allemands lui avaient déjà, à plus d'une reprise, cherché querelle. Et puis, ajoutait-il,

la population belge est toujours restée calme, tout le monde a pu le constater: Que me reproche-t-on de

l'exciter?

Le gouverneur général se tint coi.

Allocution du Cardinal Mercier.

Lisons maintenant un extrait de l'allocution que le cardinal Mercier a prononcée le 21 juillet 1916 à
Bruxelles, dans la collégiale de Sainte-Gudule, au cours de la cérémonie commémorative de la fête

nationale. C'est le coeur haletant qu'on la relira, ligne par ligne, comme l'une des choses les plus belles et

les plus élevées qui aient jamais été dites.

Nos bien chers Frères,

Nous devions ici nous réunir pour fêter le 85e anniversaire de notre indépendance nationale.

Dans quatorze ans, à pareil jour, nos cathédrales restaurées et nos églises rebâties seront larges ouvertes;
la foule s'y précipitera; notre Roi Albert, debout sur son trône, inclinera, mais d'un geste libre, devant la

majesté du Roi des rois, son front indompté; la Reine, les princes royaux l'entoureront; nous réentendrons

les envolées joyeuses de nos cloches et, dans le pays entier, sous les voûtes des temples, les Belges, la

main dans la main, renouvelleront leurs serments à leur Dieu, à leur Souverain, à leurs libertés, tandis

que les évêques et les prêtres, interprètes de l'âme de la nation, entonneront, dans un commun élan de

reconnaissance joyeuse, un triomphal Te Deum.

Aujourd'hui, l'hymne de la joie expire sur nos lèvres.

Le peuple juif, captif à Babylone, assis en larmes au bord de l'Euphrate, regardait couler les eaux du
fleuve Ses harpes muettes pendaient aux saules du rivage Qui aurait eu le courage de chanter le cantique

de Jéhovah, sur un sol étranger? "Terre patriarcale de Jérusalem, s'écriait le Psalmiste, si jamais je

t'oublie, que ma main droite se dessèche! Que ma langue reste collée à mon palais si je cesse de penser à

toi; si tu n'es plus la première de mes joies!"

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