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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

On n'a pas perdu le souvenir des acclamations qui accueillirent le cardinal Mercier à Rome, dans le
voyage qu'il fit au commencement de 1916. Il arriva dans la Ville Éternelle le 14 janvier au soir et y fut

reçu comme un roi. C'est sous une véritable pluie de fleurs, au milieu des ovations, qu'il gagna le Collège

belge choisi pour sa résidence. Le lendemain, toute l'aristocratie romaine allait s'y inscrire avec les

membres les plus éminents de la colonie belge et les représentants des légations alliées.

A plusieurs reprises, Benoît XV reçut le cardinal en audience particulière, comme il reçut aussi Mgr
Heylen, dont la visite à Rome coïncidait avec celle du primat de Belgique. La participation aux travaux

des Congrégations, les réceptions, les visites absorbèrent le reste de son séjour. De tous côtés des

représentants de tous les partis saluaient sa venue en termes empreints du plus profond respect. Les

cardinaux de Paris et de Londres, les évêques, les prélats, les Belges exilés, les associations catholiques

des pays alliés lui envoyaient des délégations et des adresses pour lui exprimer leur admiration.

À son départ pour la Belgique, à Rome et dans les villes qui marquaient son passage, il fut l'objet de
manifestations identiques à celles qui l'avaient accueilli cinq semaines plus tôt.

Le Cardinal est-il allé de lui-même à Rome pour plaider la cause des Belges? Y a-t-il été appelé par
le Pape désireux de s'instruire? Il réussit en tout cas à rompre le cordon d'investissement établi autour du

Vatican par les agents de l'Allemagne et de l'Autriche. Son voyage eut pour résultat d'aviver les

sympathies pour la Belgique, d'éclairer le Vatican et de le rendre plus favorable aux Belges. Mgr Heylen

et lui ont eu raison des dernières résistances, plus importantes par la qualité que par le nombre, dont

l'entourage du Saint Père était, malheureusement, le retranchement suprême. Rien n'a tenu contre la

simplicité, la modération et la force de ces deux confesseurs - le mot n'est pas excessifs - armés de

témoignages directs et en état d'opposer des faits authentiques, contrôlés par leurs soins, soumis à une

critique impitoyable, aux arguties des avocats de l'Allemagne.

Rentré à Malines, le Cardinal Mercier écrivit pour ses diocésains la magnifique pastorale: "A notre
retour de Rome". On lira avec émotion les extraits suivants, en admirant la courageuse fierté avec

laquelle son auteur a affirmé, au milieu des baïonnettes prussiennes, les espoirs de son peuple.

Fête de Saint-Thomas-d'Aquin, 1916.

Mes bien chers Frères,

.......................................................

Il y a beaucoup de choses que je ne puis vous dire. Vous me comprenez. La situation anormale que nous
avons à subir nous interdit de vous exposer, à coeur ouvert, tout juste ce qu'il y a en notre âme, de

meilleur et de plus intime pour vous; ce qui, venant de plus haut et vous touchant de plus près, est à moi

mon plus ferme soutien et serait pour vous, si je pouvais parler, votre tout puissant réconfort; mais vous

ne douterez pas de ma parole, vous me croirez lorsque je vous assure que mon voyage a été

particulièrement béni, et que je vous reviens heureux, très heureux.

....................................................

Vous avez eu déjà des échos, je pense, des acclamations qui, sur tout le parcours de notre voyage, à l'aller
et au retour, en Suisse et en Italie, saluèrent le nom belge.

Supposez même, mes bien chers Frères, que l'issue finale du duel gigantesque engagé, en ce moment, en

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