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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

cette parole mystérieuse et formidable; - "On a tremblé en Europe!" - Puis il éclate de rire.

Venons-en maintenant à la décade précédant la guerre mondiale:

L'Allemagne rejette la proposition anglaise de limiter de part et d'autre l'armement naval, enfin de faire
une halte. - Convaincue à ce moment, que son immense machine militaire était non-seulement invincible,

mais irrésistible dès le premier choc, elle s'applique fiévreusement à se rendre également intangible du

côté de la mer, en donnant un essor inouï à sa construction navale.

Tout est prévu en cas de conflit: l'Angleterre sera tenue en respect, peu importe par quel moyen, l'alliance
franco-russe sera annihilée en quelques semaines, et ce sera l'affaire de quelques jours supplémentaires,

pour assurer à l'Allemagne la domination continentale. De là à l'hégémonie universelle, il n'y aurait plus

qu'un pas.

Voilà ce que ruminait la caste militaire: c'est-à-dire le Kaiser, le Kronprinz, et les 400,000 à 500,000
officiers, fonctionnaires et civils, - tous rudement bottés et éperonnés, - recrutés dans la noblesse, la haute

société, les professions, et le peuple instruit.

La foule, elle, la masse, s'endormait chaque soir convaincue que des ennemis s'apprêtaient à fondre sur
elle sournoisement.

La grande préoccupation du gouvernement de 1908 à 1914, a été de faire éclater la guerre sans que
l'Allemagne parût l'avoir provoquée.

Mais, comme nous le répétait si souvent ce brave Suisse, M. Hintermann, interné avec nous, les finesses
allemandes sont cousues de gros fil blanc. Et tout l'agencement des événements qui ont précédé

l'invasion de la Belgique quelque astucieux qu'il soit, n'empêchera pas l'histoire de "rapporter" contre

Guillaume Hohenzollern et son entourage, un verdict de culpabilité.

L'entrevue de Postdam, du 5 juillet 1914, à laquelle assistait le Kaiser et les délégués de l'Autriche;
l'ultimatum à la Serbie; le refus de l'Autriche d'accepter la réponse si satisfaisante, et si conciliatrice de la

Serbie, et cela, ostensiblement, sans consultation préalable avec l'Allemagne, - tout n'était-il pas

effectivement décidé depuis le 5 juillet? - le rejet par l'Allemagne de la proposition de conférence faite

par Sir Edward Grey, ministre des Affaires Étrangères d'Angleterre, les hésitations, les faux-fuyants de

M. Von Jagow, devant M. Cambon, l'ambassadeur de France; l'entrée en Belgique de troupes allemandes,

le 31 juillet, dans la nuit, c'est-à-dire deux jours avant l'ultimatum de Guillaume au roi des Belges; les

correspondances télégraphiques avec le Czar de Russie et le roi Georges V: tout enfin, porte à sa face

l'empreinte de la duplicité.

Des artisans ténébreux du complot et du meurtre de Sarajevo, l'histoire impartiale parlera plus tard...

La masse de la population allemande, mise en possession de ces faits historiques, débarrassés de tout
camouflage pangermaniste, n'hésitera pas, - et déjà, au moment où nous écrivons ces lignes, il est évident

qu'elle n'hésite pas, - à se dresser comme formidable accusatrice des auteurs véritables de la guerre de

ceux qui ont été cause de l'aberration collective de la nation.

La fuite en Hollande de la famille impériale et des hauts officiers ne les soustraira pas à l'exécration du
peuple allemand. Quel châtiment plus exemplaire en effet, et plus amer à la fois que celui infligé à un

souverain par ses sujets!

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