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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

à donner le change sur ses véritables intentions, à tromper le bas peuple et les étrangers, se réclame de
Bismark. On en a fait le grand héros national. Mais que dit Bismark?... "La force prime le droit", d'abord.

Et ensuite: "La guerre est la négation de l'ordre". Pourquoi dit-il ceci? Tout le monde le sait: c'est un lieu

commun. Attendez. L'Homme de fer a un but. Lisez plus loin: "Le moyen le plus efficace de forcer la

nation ennemie à demander la paix, c'est de dévaster son territoire et de terroriser la population civile..."

Cette nouvelle théorie, née des succès remportés en 1870, au moyen des procédés de destruction mis
alors en honneur ne rencontre que peu ou point d'objections en Allemagne.

C'est monstrueux, mais c'est ainsi. Les disciples de Bismark ayant élaboré toute une théorie de
justification à propos des actes et des paroles les plus condamnables du fameux chancelier, le bon peuple

allemand, d'abord un peu scandalisé, s'est laissé faire une douée violence. Peuple bonasse en somme, il

s'est laissé bercer et porter sur cette vague militariste qui déferlait jusqu'aux endroits les plus reculés du

territoire.

Pour la haute bureaucratie militariste et administrative, cette énorme préparation militaire de quarante
années était destinée à rendre l'Allemagne maîtresse de l'Univers; pour la masse du peuple, c'était un

instrument de défense et de protection. Celle-là cachait à celle-ci ses sinistres desseins, et les rares esprits

clairvoyants qui, du milieu du peuple lisaient dans le jeu des meneurs de l'Empire, se gardaient bien de

faire des objections ou de demander des raisons; on est gouverné ou on ne l'est pas... Et ils étaient

gouvernés!

Et d'ailleurs, pourquoi se troubler la conscience? Ce système n'avait-il pas fait ses preuves en 1870? Ces
deux provinces, ces cinq milliards extorqués à la France, n'était-ce pas là deux causes déterminantes du

formidable essor commercial et industriel qui assurait au peuple allemand la prépondérance sur tous les

marchés du monde?

Le militarisme intensif était devenu religion d'état. Les philosophes, les littérateurs, les historiens, ayant
donné dans le mouvement, les savants ne pouvaient manquer d'avoir leur tour. Chaque découverte dans

le domaine de la mécanique, de l'optique, de la chimie surtout, est soigneusement étudiée, par son auteur

lui-même, au point de vue spécial de son utilité pratique dans l'oeuvre de destruction de la vie humaine et

de la propriété.

Les oeuvres d'art également portent l'empreinte de l'atmosphère ambiante; les bronzes équestres et
"kolossaux", reproduisant, pour en faire l'admiration du peuple, le galbe de tous les Hohenzollern passés,

présents et futurs, ornent les parcs et les avenues de toutes les villes de l'Empire, sans oublier Strasbourg

et Metz.

Et l'on descend même au cabotinage le plus vulgaire; ne voit-on pas un jour, la fille unique du Kaiser,
s'exhiber en costume, - assez collant, - de hussard de la Garde, ou de la mort, pendant que son auguste

père pérore sur le thème de la Poudre sèche.

Un jour, sur ses domaines, à l'époque de la moisson, se promenant en veston et en souliers plats, il se sent
pris d'une folle admiration à l'aspect des millions d'épis dorés: - "Cela me rappelle, dit-il, les mers de

lances de mes uhlans."

Une autre fois, au cours d'une randonnée qui l'avait amené tout près de la frontière française, entouré
d'adulateurs et de flagorneurs aux uniformes resplendissants, le grand Cabotin couronné, se plante sur ses

éperons, bien en face de la frontière, tire son épée à demi puis la rentre avec fracas, en laissant échapper

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