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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

Je n'hésitais pas à répondre que si l'Allemagne mettait à exécution son plan de violer la neutralité belge,
l'Angleterre lui déclarerait la guerre.

Je me rappelle une démonstration qui eut lieu sur la digue à Middelkerke, le jour où fut publié
l'ultimatum de l'Allemagne. Au large, dans la mer du Nord, une escadre anglaise croisait. D'énormes

nuages de fumée étaient perceptibles même à l'oeil nu, et les lunettes des promeneurs, braquées sur

l'horizon leur en révélait la véritable nature. Un rassemblement se fit, et l'on nous annonça que c'était

réellement la flotte anglaise qui croisait au large.

L'espoir de ces braves gens semblait se fixer sur cette formidable puissance navale. J'eus l'honneur de
provoquer, en cette occasion, les acclamations de cette foule à l'adresse de la flotte britannique.

Du moment qu'il fut connu en Belgique que l'Allemagne avait signifié à l'Angleterre sa détermination
d'entrer dans le conflit pour revendiquer l'honneur des traités, la confiance sembla renaître et une

atmosphère de sérénité régna, - momentanément, du moins, - dans tout le pays... Dès lors, devenant, par

ma qualité de citoyen britannique, un allié de la brave nation belge, je me rendis à Anvers pour offrir mes

services en entrant dans le corps médical. Ai-je besoin d'ajouter qe mon offre fut immédiatement

acceptée. J'entrai tout de suite en fonctions à l'hôpital Sainte-Elisabeth sous la haute direction du célèbre

chirurgien anversois, le docteur Conrad.

Cet hôpital avait pour infirmières des dames religieuses. Je ne me rappelle plus le nom de leur
congrégation. Le dévouement de ces nobles femmes est au-dessus de tout éloge, et tout ce qui a été dit, à

leur sujet, chez tous les peuples et dans toutes les langues, n'exprime qu'une bien faible partie de leur

immense mérite.

Ce n'est que vers le milieu d'août que les premiers blessés arrivèrent à notre hôpital. Ils venaient du
centre de la Belgique. Nous en avions eu un, venant de Liège, qui n'a cessé, je ne l'oublierai jamais, de

nous divertir par sa verve endiablée, et son intarissable faconde.

Tous les médecins de l'hôpital, à part moi, faisaient partie de l'armée, du moins depuis le début de la
guerre.

C'est le 25 août, si j'ai bonne mémoire, qu'un premier "raid" aérien eut lieu au-dessus de la ville d'Anvers.
On peut facilement imaginer l'émotion créée par l'apparition d'un Zeppelin au-dessus de la ville.

Onze civils, hommes femmes et enfants furent victimes de cette monstrueuse attaque. Le lendemain, un

journal d'Anvers, "La Métropole", publiait un entrefilet où il était proposé d'inhumer les corps de ces

victimes à un certain endroit de la ville, et d'y élever un monument avec l'inscription suivante:

"Assassinés par la brutalité allemande le 25 août 1914."

L'indignation était à son comble. Les citoyens allemands qui se trouvaient à Anvers, sentant que leur
position devenait intenable, se "défilèrent" pour la plupart.

Chaque jour j'arrivais à l'hôpital avec le "Times" de Londres. Dans nos moments de loisir, mes collègues
m'entouraient pour entendre la lecture des principaux articles que je leur traduisais.

Bruxelles était depuis le 18 août occupée par les Allemands. Anvers devint le centre de la résistance
belge et le siège du gouvernement et du grand état-major. Nous, coloniaux britanniques de langue

française, nés dans la démocratique et libre Amérique, nous n'avons pas eu souvent occasion, de voir, - et

j'oserais dire de coudoyer, - un roi et une reine authentiques, aussi, il nous est difficile de nous faire une

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