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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

Et après un beau désordre apparent, des échanges de signaux, quelques courses à droite à gauche, une
affaire de trois minutes, la situation s'était de nouveau éclaircie: sept vaisseaux longeaient la côte de

Hollande en sécurité; les navires de guerre, dix-sept, avaient fait volte-face et l'imposant convoi, modelé

sur le dernier, entreprenait le passage de la zone la plus dangereuse de la Mer du Nord.

Tout alla bien jusqu'à deux heures après-midi. Mais alors un champ de mines était signalé,
quelques-unes, non complètement submergées, laissaient percer à la surface leur tête ressemblant à un

chapeau de feutre noir.

Et les croiseurs et les torpilleurs s'en donnaient. Les merveilleux artilleurs pointaient leurs canons,
tiraient, puis faisaient feu jusqu'à ce qu'une formidable explosion de la mine, lançant une colonne d'eau

vers le ciel vint nous indiquer que le but était atteint.

Feu roulant pendant une heure! Nous avions traversé le champ de mines fraîchement pondues, sans
encombres, et nous filions à bonne allure vers l'Angleterre, dont nous aperçûmes les phares vers 9 heures

du soir.

Nous étions à l'embouchure de la Tamise; la nuit tombait.

De toutes les bouches s'échappaient des paroles d'admiration à l'endroit de ce merveilleux service de
protection, poussé sur toutes les mers du globe, sans relâche, sans répit par l'intrépide marin de la Grande

Bretagne.

Nous allions franchir la ligne de réunion de deux phares puissants qui marquaient la fin de la mer
fréquentée par les pirates. Les dix-sept vaisseaux de guerre, comme dans un geste d'affection s'étaient

rapprochés des nôtres, oh! très près!

Ils échangèrent quelques signaux, puis, prestement, silencieusement ils firent demi-tour et disparurent
vers le large, vers la haute mer, dans la nuit, vers une autre mission de protection et d'humanité, chacun

de ces braves matelots emportant avec lui l'hommage de notre reconnaissance émue et de notre

admiration non mitigée.

Le 2 juillet, nous arrivions en Angleterre, et l'inspection de mes bagages, qui m'inspirait des craintes
sérieuses à cause de certaines pièces écrites que j'avais apportées avec moi d'Allemagne, fut des plus

simples. Le bureau d'inspection de Gravesend, où j'eus l'avantage de rencontrer quelques-uns des

principaux employés, se montra excessivement conciliant et accommodant à mon égard. On ne voulut

pas retarder mon voyage vers Londres, et l'on me promit de me faire tenir le lendemain, par l'entremise

du Haut Commissaire canadien, tous les papiers, documents, lettres, dont j'avais une malle complètement

remplie, et ils tinrent parole.

Durant mon séjour de quatre semaines à Londres, en juillet (1918), je tiens à faire mention de trois
événements dont le souvenir restera profondément gravé dans ma mémoire.

Le premier est, naturellement, la gracieuse invitation que j'ai reçue de Sa Majesté le Roi de me rendre
auprès de lui, au palais de Buckingham. Le jour fixé, à midi, j'eus le très grand honneur d'être reçu par Sa

Majesté avec une courtoisie, une bienveillance qui m'ont profondément touché. Je ne pus m'empêcher de

remarquer, toutefois, dans les traits de sa figure, la trace des anxiétés et des inquiétudes auxquelles le

souverain avait été en proie au cours de ces dernières années.

C'était au moment de cette nouvelle et terrible offensive des Allemands en Champagne. Cette offensive, -

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