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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

irréprochable, avec l'accent particulier de l'habitant de Londres.

- A quelle heure partons-nous? demande-t-il.

- Que voulez-vous dire?

- Oui, à quelle heure partent les bateaux? J'oublie si c'est cet après-midi ou ce soir...

- Je ne sais, monsieur, à quels bateaux vous voulez faire allusion.

- Je fais allusion, dit-il, aux bateaux qui doivent nous conduire en Angleterre.

La Hollande a été, durant toute la guerre, un pays littéralement couvert d'espions allemands. Nous le
savions, car à l'hôtel de Rotterdam où j'avais logé pendant quelques semaines des personnages

sympathiques trouvaient toujours moyen, sous un prétexte quelconque, de lier conversation avec moi.

J'avais été prévenu lors de ma première visite au Consulat.

A la première question de mon interlocuteur, je fus sur le point de tomber dans le piège. J'allais lui
donner le renseignement recherché, quand un soupçon vint me couper la parole.

A sa dernière question je répondis, faisant mine de me départir d'un secret:

- Exactement dans une semaine, à 6 heures du matin.

- C'est ce que j'avais cru comprendre! ajoute mon Anglais truqué.

Je n'eus plus de doute, j'avais affaire à un espion.

Ce jour-là, le 30 juin, tous les voyageurs munis d'une autorisation filaient dans un train vers Koek Van
Holland où nous arrivions à sept heures du soir. Cinq bateaux passagers nous attendaient au quai. Nous

nous embarquons. A quand le départ? sera-ce dans la soirée ou dans la nuit? Tout le inonde l'ignore,

même - à ce qu'on affirmait - les officiers du bord.

La nuit du samedi au dimanche, la journée du dimanche, la nuit suivante s'écoulèrent sans que nous
bougions. Un message radiographique seul pouvait nous détacher de Hollande, Apparemment le message

vint, car à onze heures, lundi, nous sortions de la Meuse sans tambours ni trompettes. Le convoi de cinq

vaisseaux, portant des milliers de passagers de tous âges et de toutes conditions, fit le quart au nord et

s'avança lentement en longeant de très près la côte de Hollande jusqu'à Sheveningen. A ce point, le quart

à gauche, donc à l'ouest, nos vaisseaux mettent le cap sur la côte anglaise. Nous étions à peine sortis des

eaux côtières de Hollande lorsque soudainement un nuage de fumée se dessina à l'horizon en avant de

nous.

Qu'est-ce? Nous l'ignorions. N'était-ce pas une escadre allemande?

Le doute fut vite dissipé. Ce point noir, d'abord imperceptible, qui grossissait en s'avançant sur nous,
c'était le convoi parti d'Angleterre le matin qui rentrait dans les eaux Hollandaises.

Quel spectacle s'offrait à nos regards! - Vingt-quatre bâtiments disposés sur trois lignes fendaient les
ondes, vomissant une épaisse fumée. Au centre précédé d'un hardi croiseur venaient les sept vaisseaux

chargés de passagers, de chaque côté huit lévriers de la mer, navires de type particulier sillonnaient la

surface dans toutes les directions, comme à la recherche d'un gibier ennemi à dévorer.

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