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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

La veille, j'étais allé m'enregistrer à la légation anglaise à La Haye. Je quittai donc mon hôtel, dès neuf
heures du matin, pour me rendre au Consulat.

J'y fus informé que j'aurais à quitter la Hollande dès le lendemain, sur un navire-hôpital à destination de
l'Angleterre. Je fis remarquer au fonctionnaire de la légation qu'il m'était impossible de partir aussi tôt.

- Pourquoi?... me demanda-t-il.

- Parce que j'ai reçu, à Berlin, l'assurance que ma fille, qui est en Belgique depuis quatre ans, et à qui les
autorités militaires allemandes ont, jusqu'aujourd'hui, refusé la permission de partir, recevra un

sauf-conduit pour la frontière hollandaise. Je dois donc attendre qu'elle soit sortie de Belgique.

- Mais, répond le jeune officier, cela ne fera pas l'affaire. On s'attend, à la Légation, à ce que vous partiez
dès demain matin, et comme nous n'avons à ce sujet que des renseignements incomplets, nous vous

suggérons d'aller discuter la chose à La Haye.

Cette après-midi-là, j'arrivais à la Légation anglaise à La Haye, où j'avais le plaisir de rencontrer un
charmant officier de marine. Il m'explique donc qu'on s'attendait à mon départ pour l'Angleterre le

lendemain matin. Je m'obstine, naturellement, à ne pas vouloir partir. Il insiste.

- Mais, lui dis-je, ne suis-je pas, après tout, le plus intéressé dans cette question de rapatriement. Il est de
la plus haute importance que je demeure en Hollande jusqu'à l'arrivée de ma fille, détenue en Belgique

depuis trois ans. D'Angleterre, il me sera à peu près impossible de communiquer avec les autorités

militaires allemandes en Belgique.

Le brave officier admit bien qu'à ce point de vue il était beaucoup plus avantageux pour moi, sous tous
rapports, de demeurer en Hollande au lieu de me rendre immédiatement en Angleterre.

- Mais, ajouta-t-il, vous semblez ignorer que votre cas est un cas spécial: vous êtes échangé avec un
prisonnier allemand détenu en Angleterre.

- Je sais cela, répondis-je.

- Eh! bien, repartit l'officier, ce prisonnier allemand qui doit recevoir sa liberté en échange de la vôtre, ne
saurait quitter l'Angleterre avant votre arrivée.

Quelque diable peut-être me poussant, je ne pus m'empêcher d'éprouver, lorsque l'officier me donna ces
explications, une satisfaction méchante.

- Est-ce bien vrai?... ajoutai-je.

- Assurément!...

- Alors, pourquoi ne le laisserai-je pas fumer un petit peu? Il y a deux ans, j'étais prévenu, à la prison, que
je serais libéré. On m'a tenu dans cette anxieuse attente de la liberté pendant deux ou trois semaines, pour

ensuite briser tout mon espoir. Je vous approuve d'insister afin que je parte immédiatement pour

l'Angleterre, mais, prenez-en ma parole, je n'ai pas l'intention de partir demain, ni après-demain,

c'est-à-dire pas avant que les Allemands n'aient relâché ma fille qui est en Belgique. Vous pouvez laisser

savoir aux autorités, en Angleterre, qu'étant après tout, en cette question d'échange, le plus intéressé, je

me déclare satisfait. Je me considère suffisamment échangé pour qu'il soit permis à l'Allemand de quitter

l'Angleterre. Et si, enfin, le gouvernement anglais juge à propos de retenir le dit Allemand jusqu'à mon

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