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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

Là-dessus, tout le monde se lève: grand tapage, des bravos, et selon l'usage antique et solennel, l'un
d'entre nous attaque, le For he is a jolly good fellow. Nous avions à peine fini de chanter la

première partie que le sous-officier Hufmeyer fait irruption dans ma cellule et nous impose silence. Il

était trop tard, nous avions donné cours à notre enthousiasme pour M. Tager.

Il n'y a pas seulement Liebknecht qui ait attiré sur lui les foudres de l'autorité militaire, en 1915, 1916 et
1917.

Je ne saurais oublier le spectacle pathétique de ce brave vieillard qui fut interné avec nous pendant bien
des mois: c'était le professeur Franz Mehring, âgé de 71 ans. En avril 1915, Mehring avait lancé une

proclamation en faveur de la paix immédiate. Cette proclamation portait non-seulement sa signature mais

encore celle de Rosa Luxembourg et de Ledebour. Cela suffit pour lui faire goûter un peu de la

Stadvogtei. Mehring était, comme Borchardt, du groupe Spartacus. Très érudit, fin causeur, il nous fit

passer avec lui des heures intéressantes, inoubliables. Ces noms de Mehring et de Borchardt, dont je

n'avais gardé qu'un faible souvenir, ont pris une importance considérable depuis la révolution en

Allemagne. Mehring resta quelque temps avec nous puis fut libéré. Il fut, par la suite, candidat au siège

laissé vacant par Liebknecht à Postdam, où il fut défait, mais quelque temps après, sa candidature fut plus

heureuse dans une division électorale de la Diète de Prusse. Il y fut élu par une grande majorité et il siège

encore aujourd'hui au Parlement.

Chapitre XXX. UN SOUS-OFFICIER ALSACIEN

J'ai déjà parlé, dans un chapitre précédent, d'un officier de la Kommandantur du nom de Wolff. C'était un
Juif allemand qui donnait des points aux Prussiens. Il portait force décorations parmi lesquelles on

pouvait distinguer l'emblème d'un ordre de Turquie qui se portait en plein abdomen! Nous nous sommes

souvent moqués, entre nous, de ce bedonnant officier, précédé d'un croissant quelconque à l'ombilic.

Je désire relater ici un incident, auquel il a été mêlé.

Chaque mardi et chaque vendredi, durant ma dernière année de captivité, j'avais la permission, comme on
le sait, d'aller faire une promenade au Tiergarten en compagnie d'un sous-officier de la prison. On évitait

soigneusement de désigner, pour m'accompagner, un sous-officier alsacien du nom de Hoch. Dans mes

conversations avec Hoch j'avais souvent exprimé le désir de le voir un jour venir avec moi. Il ne

demandait pas mieux, mais le sergent-major, en cette affaire, avait tout à dire, et il n'était jamais appelé.

Il arriva cependant qu'au mois d'août 1917 il fut choisi pour la promenade au parc.

Les instructions qui avaient été envoyées à la prison à mon sujet étaient très sévères: j'étais censé les
ignorer, mais je les connaissais parfaitement. Le sous-officier et moi nous devions quitter la prison à

deux heures, nous rendre à la première gare du chemin de fer urbain, c'est-à-dire à environ 300 pieds de

la prison, monter dans un train et nous rendre directement au parc. La promenade devait avoir lieu dans

le parc même, sans en sortir, sans parler à qui que ce soit et sans entrer où que ce soit.

Nous étions à peine sortis, le sous-officier et moi, que je lui propose de m'accompagner sur la rue pour y
acheter quelques cigares. Hoch se prête de bonne grâce à ma demande et nous nous engageons sur la rue

Koenig. Nous achetons des cigares, et de cette rue nous traversons à l'avenue Unter den Linden, laquelle

conduit directement à la porte de Brandebourg qui s'ouvre sur le Tiergarten. Tout cela pour faire

comprendre que nous avions suivi la ligne la plus directe entre la prison et le jardin.

Sur l'avenue Unter den Linden, nous nous trouvons subitement face à face avec le capitaine Wolff, de la

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