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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

- "Comment pourrez-vous vous rendre en Russie, l'Allemagne vient de déclarer la guerre à la Belgique?"

- Oh! dit-il, "j'ai l'intention de passer par la Hollande."

Le laconisme de ses réponses m'indiquait qu'il prenait peu d'intérêt à la conversation que je tentais
d'entamer avec lui. Je commençais à avoir quelques soupçons, lorsque ma femme, assise en face de moi

me fit comprendre par un clin d'oeil qu'il y avait quelque chose d'anormal chez notre compagnon de

route. Le train filait à bonne allure, et quelques minutes plus tard, nous arrivions à Bruges. Sur le quai de

la gare, il y avait une foule considérable. On se coudoyait, on avait l'air de chercher quelqu'un en

regardant dans toutes les fenêtres du convoi... Notre compagnon prend sa valise pour descendre du

convoi. Il avait à peine ouvert la porte du compartiment que de cinquante bouches à la fois sortit cette

exclamation:

- "C'est lui! C'est lui!"

Il descendit et fut immédiatement entouré par la foule. Trois ou quatre gendarmes survinrent qui lui
posèrent cette question directe et ad rem:

- "Êtes-vous Allemand?"

Il fit un signe affirmatif. La foule devenant alors très menaçante, voulut s'emparer de lui malgré les
gendarmes.... Quelques-uns criaient:

- "Tuez-le"!

D'autres lui lançaient des brocarts assez mal sonnants dont je fais grâce à mes lecteurs.

Les gendarmes agirent avec une dignité et une correction irréprochables. Ils protégèrent le sujet allemand
contre les violences de la foule. Ils l'emmenèrent en dehors de la gare, et j'ignore encore ce qu'il advint de

lui. Le moins que l'on dut faire fut sans doute de l'interner... Je me suis souvent demandé quel était cet

homme. Peut-être un voyageur attardé à Ostende, ou un espion allemand demeuré en Belgique jusqu'au

dernier moment pour se rendre compte des sentiments du peuple après la déclaration de la guerre?.....

Mystère!

Je suis enclin à croire qu'il faisait partie de cette pieuvre immense qui s'appelle le service d'espionnage
allemand. S'il rentre jamais dans son pays, il ne manquera pas de faire à ses compatriotes un tableau

saisissant de l'indignation dont fit preuve la noble nation belge en face de l'outrage infligé à son honneur

par le grand empire du centre.

Chapitre IV. A l'HÔPITAL

Il est absolument inutile d'insister sur le patriotisme dont fit preuve la nation belge. Le même esprit
d'héroïsme et de sacrifice régnait dans toutes les classes de la société, et tous sans distinction d'âge de

sexe ou de condition s'offraient pour renir en aide à la cause nationale menacée par le monstre

germanique.

De tous côtés, dans les premiers jours d'août 1914, on m'abordait en me posant la question suivante:

- "Monsieur Béland, que pensez-vous de la situation?... Que va faire l'Angleterre?"

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