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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

dans les journaux, venant du kaiser à l'impératrice. Et nous nous trompions rarement.

Parmi les prisonniers de nationalité anglaise détenus à la Stadvogtei, il s'en trouvait un dont on a bien des
fois soupçonné les sympathies exagérées pour la cause de l'Allemagne. Il était devenu fort impopulaire et

beaucoup d'Anglais refusaient de lui parler ou même d'avoir avec lui quelque rapport que ce soit.

Un jour, toutefois, M. Williamson, dont il a été question dans un chapitre précédent, avait été appelé au
bureau pour y recevoir un colis de provisions justement arrivé d'Angleterre. Au bureau, après l'examen

de son colis, on le lui remit et on lui demanda d'apporter, chemin faisant au quatrième étage où se

trouvait la cellule de cet autre Anglais, un second colis à son adresse. Williamson, qui parlait un peu

l'allemand, refusa formellement de se charger de ce colis, en disant au sous-officier de service, et en

présence d'autres sous-officiers: "Je n'apporterai pas ce paquet, je ne veux rien avoir de commun avec

ce bloody German." Et il disparut avec son propre colis.

L'affaire fit sensation car les sous-officiers rapportèrent cette remarque peu sympathique faite à l'endroit
d'un prisonnier. Le lendemain, tous les prisonniers de nationalité anglaise étaient invités à se rendre à une

cellule au rez-de-chaussée, et là, l'officier lui-même, en charge de la prison, nous adressa à tous des

remontrances très sévères. Il dit en particulier "qu'il n'espérait pas de nous que nous renonçions

ouvertement à nos sympathies pour l'Angleterre, mais qu'il ne tolérerait jamais que l'on fît, à l'endroit de

l'Allemagne, une remarque désobligeante". Et il citait, en particulier, le cas de Williamson et aussi celui

de M. Keith qui, disait-il, "était né en Allemagne, avait profité de l'hospitalité germanique, avait reçu son

éducation dans les écoles publiques de l'Empire et qui cependant manifestait, chaque fois que l'occasion

s'en présentait, son antipathie à l'endroit de sa patrie d'adoption". Il nous menaça. Ceux qui se rendraient

coupables de ces remarques déplacées seraient sévèrement punis.

Cette démarche de l'officier Block indisposa fortement les prisonniers anglais et deux d'entre eux, dont je
désire taire les noms, lui organisèrent ce qu'on est convenu d'appeler, en langage vulgaire, une scie.

Par un stratagème des plus habiles, une des clefs passe-partout avait été chipée à un sous-officier. Cette
clef pouvait ouvrir toutes les portes à l'intérieur de la prison, mais ne s'ajustait pas sur la serrure de la

porte extérieure. Munis de cette clef, nos deux prisonniers conçurent l'idée d'embêter magistralement

l'officier lui-même.

On parvenait avec beaucoup de difficultés, il est vrai, mais on réussissait quand même à se procurer,
deux fois par semaine, une copie du Daily Télégraph de Londres, malgré la défense expresse

d'introduire un journal anglais ou français dans la prison. Ce journal, ai-je besoin de le dire, faisait le tour

des cellules des Anglais et quand tout le monde l'avait lu, l'opération était couronnée par une fumisterie

de haut aloi.

Au moyen de cette clef, que l'on gardait soigneusement cachée, la porte de l'officier était ouverte, soit
durant le déjeûner, alors qu'il était absent, soit durant les dernières heures de la journée, alors qu'il avait

déjà quitté la prison, et le Daily Télégraph était placé sur le pupitre.

La deuxième journée, l'officier entra dans une grande colère et plaça un sous-officier à sa porte pendant
son absence. On ne fut pas rebuté pour si peu.

Comme j'ai tenté de l'expliquer antérieurement, la partie de la prison que nous habitions était triangulaire.
A sept heures, le soir, un sous-officier commençait à fermer les portes: il fermait d'abord un côté du

triangle, s'engageait ensuite, après avoir doublé l'angle, dans le second côté. C'est à ce moment qu'un des

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