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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

pression fut alors exercée sur l'empereur par son entourage, dans le but de placer Hindenburg à la tête de
l'état-major, et effectivement, par un geste de sa main, l'empereur Guillaume destitua Von Falkenhayn,

qui était chef d'état-major, à cette époque, et le remplaça par Hindenburg.

La victoire de Tannenberg fut suivie de plusieurs autres, entre autres celle de Roumanie, et c'est alors
que, ne pouvant contenir plus longtemps son enthousiaste admiration pour Hindenburg, la population de

Berlin décida de lui élever un monument colossal, dans un endroit public. Ce témoignage d'estime

populaire prit la forme d'une statue de bois de 41 pieds de hauteur, construite au bout de l'Avenue de la

Victoire, au pied de l'immense colonne dite de la Victoire, laquelle avait été construite après la guerre de

1871, pour en perpétuer le souvenir.

Il m'a été donné à plusieurs reprises, au cours des sorties qu'il m'était permis de faire, durant ma dernière
année de captivité, de voir avec quelle vénération on entourait ce monument informe et sans grâce, au

centre du Tiergarten. Deux fois par semaine, comme je l'ai dit plus haut, j'allais faire une marche au

jardin, accompagné par un sous-officier, et je ne manquais jamais de diriger mes pas du côté de cette

statue. Un grand nombre de personnes, plus particulièrement des vieillards et des femmes accompagnés

d'enfants, se pressaient au pied de la colonne près de cette statué de bois. On la regardait on l'examinait,

on avait l'air d'en admirer et les proportions et les qualités artistiques. Mais ce qu'il y avait de curieux et

d'intéressant, c'était le moyen qu'on avait inventé de prélever, au moyen de ce nouveau cheval de Troie,

un fonds quelconque de charité. Un échafaudage entourait la statue, échafaudage qui permettait à chacun

de monter jusqu'à la tête et de contempler de près les traits sévères de la figure du grand général.

Au bas de cet échafaudage, était installé un contrôle quelconque où l'on vendait des clous et il était
loisible à chacun de se procurer un clou moyennant un mark ($0.25). Tout propriétaire d'un clou recevait

un marteau et le grand privilège consistait à enfoncer le clou dans la statue. Les enfants, en particulier,

adoraient ce sport. Ils se pressaient bruyamment autour de la statue, attendant leur tour, munis chacun

dans sa petite main de la pièce d'argent qui devait payer le clou. La cérémonie de l'enfoncement d'un clou

revêtait un caractère particulier de patriotisme. Aussi, il fallait voir avec quel orgueil l'enfant redescendait

de son opération. Les vieillards et les mères applaudissaient le gamin.

On a ainsi prélevé des sommes considérables, et c'est le cas de le dire, Hindenburg fut littéralement criblé
de clous. On pouvait choisir son endroit particulier, les pieds, les jambes, le tronc, les bras ou la tête. J'ai

cru cependant constater que pour la tête on se servait de clous à tête de cuivre, du moins à cette époque

où le cuivre n'était pas encore si rare en Allemagne.

Les revues artistiques de Berlin ne s'étaient jamais étendues très longuement sur les qualités artistiques
du monument. Il était, en vérité, affreux. Mais une polémique s'engagea un jour dans les journaux entre

deux sculpteurs qui prétendaient l'un et l'autre avoir été le père de cette idée géniale. Quelle ambition!

Il n'est pas exagéré de dire que la popularité dont jouissait Hindenburg en Allemagne l'emportait
visiblement sur la vénération dont on entourait la personne de l'empereur, et même, j'ai entendu plusieurs

sous-officiers me dire, confidentiellement, que Hindenburg était beaucoup plus populaire que l'empereur.

Cet ascendant que prenait Hindenburg sur l'imagination populaire ne cessait pas d'inquiéter l'empereur

lui-même. Aussi, à chaque nouvelle victoire de Hindenburg, Guillaume s'empressait d'accourir sur le

champ de bataille et, de l'endroit, il lançait une dépêche à l'impératrice, comme pour faire comprendre à

son peuple qu'il était véritablement le génie stratégique responsable du succès. C'était à ce point que

lorsqu'une opération militaire se développait favorablement pour l'Allemagne, soit en Galicie, soit en

Roumanie, nous savions prédire, un jour ou deux à l'avance, qu'une dépêche sensationnelle serait publiée

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