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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

- Oui, Richthofen est tombé! N'est-ce pas regrettable?

Je n'hésitai pas un instant, et je lui rétorquai:

- Nicht fur uns!

- Comment pouvez-vous dire cela!... Un tel héros qui disparaît!... N'est-ce pas déplorable?...

- Nicht fur uns... fut encore ma réponse.

Je ne savais trop quelle impression produirait chez mon interlocuteur cette franchise avec laquelle
j'exprimais mon opinion.

- Pourquoi parlez-vous ainsi?...

- Mais, je n'ai fait que marcher sur vos traces. Lorsque j'exprimai, un jour, mes regrets au sujet de la mort
peu glorieuse de Lord Kitchener, qui eût certes mérité beaucoup mieux, vous m'avez répondu en vous

servant de ces mêmes mots: "Nicht fur uns!" Aujourd'hui Richthofen est tombé, mais il est tombé dans

l'arène où son génie lui avait fait un nom immortel. Il est sans doute regrettable pour l'Allemagne, je le

conçois, qu'elle soit désormais privée de ses précieux services, mais vous ne pouvez pas vous attendre

que les sujets des pays en guerre avec elle expriment leurs regrets au sujet de sa disparition.

J'ignore dans quelle mesure mon officier apprécia la correction de mon attitude et la justesse de mes
remarques, mais à l'instant même il me quitta... à la prussienne.

J'eus, un jour, une discussion assez vive avec le capitaine Wolff, de la Kommandantur de Berlin. Cet
officier était conseiller judiciaire de guerre, et occupait, à la Kommandantur, une position très haute et de

beaucoup de responsabilité. Il était investi de pouvoirs considérables, et personne ne le sait mieux que

ceux qui, contre leur gré, et malgré leurs protestations, furent détenus pendant des mois et des années à la

prison de la rue Dirksen.

Il visitait la prison ce jour-là, et il avait daigné m'entendre. C'est une façon de dire qu'il condescendait à
répondre personnellement aux innombrables requêtes que j'avais adressées aux autorités depuis quelques

mois. Périodiquement, j'entreprenais contre ces autorités ce que l'on pourrait appeler une offensive de

liberté. Cette fois, je soumettais au capitaine Wolff, - parlant à sa personne, - que j'avais été arrêté

en pays neutre, c'est-à-dire en Belgique; qu'aucun sujet étranger n'aurait dû être fait prisonnier en ce pays,

du moins avant que les autorités militaires n'eussent donné à ces sujets étrangers l'occasion de sortir du

territoire.

- Mais la Belgique n'est pas, et n'était pas un pays neutre.

- Je ne vous entends pas, lui dis-je.

- La Belgique était devenue l'alliée de l'Angleterre contre l'Allemagne.

- Je vous entends encore moins.

- N'avez-vous pas lu les documents qui ont été extraits des archives de Bruxelles, documents officiels qui
sont une confirmation irréfutable de ma prétention?

En effet, la Gazette de l'Allemagne du Nord, journal semi-officiel, avait publié, au cours de
l'hiver 1914-1915, une série de documents que l'on disait avoir été trouvés dans les archives de Bruxelles.

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