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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

J'étais libre!!!... Quel sentiment que celui de la liberté après une captivité de trois années!... Il semble que
chaque feuille, chaque plante, chaque maison nous sourit!!!... A cinq heures de l'après-midi, j'étais à

Rotterdam.

Chapitre XXVIII. EN PENSANT A L'ALLEMAGNE

Durant mon séjour de sept semaines dans ce charmant et plantureux petit pays qui s'appelle la Hollande,
au cours de promenades nombreuses que j'ai faites à travers la campagne, et dans les bois et les parcs,

combien de fois ma pensée ne s'est-elle pas d'elle-même reportée vers cette prison où je venais de passer

trois longues années. Comme en un songe fugace, je voyais sans cesse se présenter à mon esprit des

bribes de conversations depuis longtemps oubliées, des incidents et des petits faits négligeables que je

croyais pour toujours ensevelis dans les recoins les plus sombres de ma mémoire.

J'ai parlé un peu plus haut de l'officier Block, dont j'ai hautement prisé les procédés courtois à mon égard,
en certaines occasions. Il ne faudrait pas s'imaginer, toutefois, que chez lui le Prussien était

complètement éteint, c'est-à-dire l'officier prussien, un des membres de cette caste militaire, autocratique

et intransigeante.

En 1917, on se le rappelle, le kaiser avant lancé une proclamation annonçant la réforme des institutions
parlementaires de la Prusse, et en particulier l'uniformité de la franchise électorale pour tous les citoyens.

La crainte du peuple est le commencement de la sagesse.

En Prusse, les représentants du peuple sont élus par trois classes d'électeurs, et lors des dernières
élections, bien que les démocrates socialistes eussent enregistré un nombre de votes suffisant pour leur

donner une représentation d'environ un tiers de la diète prussienne, ils ne comptaient que quelques rares

députés.

Le gouvernement de Prusse, pour donner suite à l'édit impérial, avait présenté un projet de loi accordant
la franchise électorale aux classes populaires qui en avaient toujours été privées. La majorité du

parlement prussien refusa d'adopter cette mesure. Il y eut à ce sujet, une polémique violente dans la

presse allemande.

Il y a, en Allemagne, plusieurs journaux à grande circulation que l'on pourrait appeler libéraux,
c'est-à-dire favorisant l'établissement d'un gouvernement réellement responsable, non seulement pour

l'empire d'Allemagne, mais également pour la Prusse, et qui luttent chaque jour contre les tendances

pangermanistes de cette bureaucratie militarisée qui contrôla tout en Allemagne jusqu'au jour de la

débâcle. Je pourrais citer en particulier le Frankfurter Zeitung, le Berliner Tageblatt, et le Vossiche

Zeitung
, pour ne pas mentionner les journaux socialistes comme le Volksseitung et le
Vorwearts
.

Nous recevions, à la prison, tous les journaux allemands. J'étais abonné au Berliner Tageblatt et
ce journal était toujours sur ma table. J'avais beaucoup d'admiration pour un publiciste dont le nom est

bien connu en Allemagne et en France, M. Théodore Wolff. Il avait tant de fois, au cours de ses fins

articles, dit son fait à l'autocratie allemande, qu'il était devenu parmi nous, prisonniers, extrêmement

populaire. C'était au point que nous nous attendions, un jour ou l'autre, le voir arriver parmi nous. Nous

lui eussions fait une réception!...

L'officier Block, lorsqu'il faisait sa visite, ne manquait jamais de remarquer le Tageblatt toujours sur ma
table; cela servait de prétexte, entre lui et moi, à un échange de vues et d'opinions sur la situation

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