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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

Un train qui quitte la gare de Silésie, en destination de la Hollande, doit traverser la ville de Berlin et
passer en face de la fameuse prison, la Stadvogtei. J'avais été mis au courant de ce fait, et lorsque le train,

filant déjà à une assez bonne vitesse, passa en face de la prison, j'étais à ma fenêtre pour laisser tomber

un dernier regard sur ces murs gris sombre qui m'avaient séparé, pendant 3 ans, du monde extérieur.

Quelle ne fut pas ma surprise d'apercevoir, au cinquième étage, dans une fenêtre que le nouveau

sergent-major, - entre parenthèse, un homme convenable, - avait permis d'ouvrir, mes compagnons de

captivité agitant leurs mouchoirs en signe d'adieu.

- Pauvres malheureux, pensais-je!...

Le lendemain matin, à 8 heures, nous arrivions à Essen, la ville fameuse où se trouvent les usines Krupp.
Nous devions changer de train, à cet endroit, et il nous fallut marcher pendant quinze ou vingt minutes

sur le quai de la gare de cette immense ville. Puis nous prenions le train qui devait nous conduire à la

frontière dans le voisinage de laquelle nous arrivions vers midi.

Par suite d'une erreur commise par l'ordonnance dans leur enregistrement, mes bagages furent expédiés à
une station frontière beaucoup plus au nord que celle où nous nous rendions. On fit jouer le télégraphe, et

l'officier commandant le poste nous encouragea à prendre patience, nous donnant l'assurance que ces

bagages seraient de retour le lendemain. Il fallut donc nous résigner à passer la nuit dans ce village.

Ce fut un problème très sérieux que celui de me procurer, le midi et le soir, dans ce petit village allemand
de Goch, un repas à peu près convenable, sans être muni de la carte d'alimentation réglementaire. Mais

quand on respire l'air à pleins poumons, quand on jouit d'une liberté relative, et que l'heure de la

délivrance approche, il est assez facile d'imposer silence à son estomac. Le lendemain, vers midi, mes

malles étant arrivées, nous pouvions faire le court trajet supplémentaire de deux ou trois milles pour

atteindre la petite station-frontière où je devais subir une certaine inspection.

Ce jour-là, le dimanche 11 mai, j'étais le seul passager à destination de la Hollande. Un train minuscule,
composé d'une locomotive et d'un seul wagon, faisait la navette entre le village frontière d'Allemagne et

le village frontière de Hollande.

Toutes mes malles, valises, colis, etc., etc., étaient prêts pour l'inspection, régulièrement alignés dans la
petite gare de fortune construite à cet endroit.

On avait été averti, ou on avait deviné, que j'étais un prisonnier de nationalité anglaise - oiseau rare en
ces parages, - car tous les inspecteurs des deux sexes s'étaient donné rendez-vous autour de mes bagages,

et de ma personne. Il y avait des dames: d'ordinaire, on utilise leurs services discrets pour faire les

perquisitions chez les passagers du sexe. Elles semblaient n'être venues là, avec les autres, que par simple

curiosité, pour orner la scène et égayer l'entrevue.

L'inspection est minutieuse, et je dois le dire, n'est pas faite intelligemment. Le sous-officier qui était
chargé spécialement de faire l'inspection de mes bagages s'est révélé souverainement stupide. Dans l'une

de mes valises il remarqua un petit calepin couvert en cuir, et portant en petites lettres dorées, repoussées

dans le cuir, le mot: Tagebuch, qui veut dire simplement: Journal. Il le mit de côté, apparemment pour le

confisquer. Je protestai contre ce procédé, et je lui demandai pourquoi il voulait retenir ce petit cahier qui

ne contenait, en somme, rien d'écrit. Le sous-officier me répondit: - "C'est imprimé, et nous avons ordre

de retenir tout ce qui est écrit ou imprimé."

Quelle stupidité pensais-je en moi-même! Je lui fis remarquer qu'il n'y avait rien d'écrit, et que le seul

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