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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

gouvernement?

- C'est l'autorité militaire!!!...

- Eh! bien, lui dis-je, et un peu sèchement, quand partirons-nous pour la Hollande?...

- Aussitôt que vous voudrez.

- Alors, nous partirons ce soir, ou nous partirons demain; enfin, le plus tôt possible.

Le départ fut enfin définitivement fixé au vendredi soir, le 9 mai.

Chapitre XXVII. VERS LA LIBERTÉ

On ne voit pas arriver sans une profonde émotion le moment de quitter une prison où l'on a été reclus
pendant trois années, on l'on s'est fait, et où l'on possède encore des amis sincères et dévoués. Un grand

nombre de ceux qui avaient été mes compagnons de captivité, pendant ces trois années, avaient déjà

quitté la prison, mais il restait encore une dizaine de prisonniers de nationalité anglaise parmi lesquels je

comptais, en particulier, trois ou quatre amis qui m'étaient bien chers.

Le jour du départ, vendredi, j'avais obtenu du sergent-major la permission de recevoir dans ma cellule, de
7 heures à 8 heures du soir, tous les prisonniers anglais - on se rappelle que les portes de toutes les

cellules étaient fermées dès 7 heures. Mes amis se réunirent donc à ma cellule et nous causâmes, pendant

cette dernière heure, des événements de la guerre et de la longueur probable de la détention de chacun.

Malgré toute la joie que j'éprouvais à sortir de cet enfer, j'avais le regret d'y laisser plusieurs de ceux avec

qui j'avais partagé les ennuis et les privations de la captivité, aux mains de leurs geôliers, privés de

liberté, privés de l'atmosphère bienfaisante de la patrie absente.

Le train devait partir à 9 heures, et le départ de la prison même était fixé à 8 heures. A ce moment donc,
je me séparai de ces braves garçons, à la porte même de la prison. Nous étions tous sous le coup d'une

profonde émotion.

Le train pour la Hollande partait de la gare dite de Silésie. De la prison à cette gare, j'étais accompagné
par trois militaires allemands: l'ordonnance, un sous-officier et l'officier qui devait m'accompagner

jusqu'à la frontière.

Arrivé à la gare, l'officier me fit part de son intention de réclamer des autorités la jouissance exclusive,
par nous, de tout un compartiment. Nous devions passer toute la nuit dans ce train. L'officier eut une

entrevue avec le chef de gare, et lorsque le train stoppa, un Monsieur en uniforme bleu, - ce devait être ce

chef de gare, - était à nos côtés et s'empressait de mettre à notre disposition un compartiment complet.

L'officier avait dû invoquer, pour obtenir ce privilège, une raison d'Etat: le transport d'un prisonnier de
nationalité anglaise en territoire allemand pouvait motiver cette mesure de précaution extraordinaire; les

conversations que ce prisonnier anglais entendrait sur le train seraient peut-être compromettantes, et de

nature à nuire aux intérêts allemands si elles étaient rapportées en Angleterre?... Quoi qu'il en soit des

raisons données par mon officier, le compartiment entier fut mis à notre disposition. Mais afin

d'empêcher qu'il ne fut assiégé par les autres passagers, on avait pris la précaution de placer, contre la

vitre de la porte ouvrant sur le couloir, un avis conçu en ces termes: Transport d'un prisonnier

anglais
, et sur une autre ligne, ce seul mot: Gefarlich! dangereux! J'ai lu moi-même ce qui
était ainsi affiché à mon sujet, et je n'ai pu m'empêcher d'en sourire.

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