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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

censure à Berlin.

De retour à la prison, je me mis donc à faire un triage de mes paperasses, livres et lettres reçues pendant
ma captivité. J'en fis un paquet assez volumineux que j'envoyai au censeur. Tout cela fut minutieusement

censuré, placé sous enveloppes soigneusement scellées et paraphées, et me fut renvoyé à la prison.

Cela se passait un samedi; le lundi suivant, le premier lieutenant Block, qui commandait à la prison,
arrivait à ma cellule en toute hâte, me disant:

- J'ai une bonne nouvelle pour vous. Le gouvernement allemand vous fait offrir, par mon entremise, de
passer en Hollande par la Belgique, afin de vous donner le plaisir et l'avantage de rendre visite à vos

enfants qui demeurent près d'Anvers. On attend de vous une réponse immédiate à ce sujet.

- Ma réponse, lui dis-je, sera courte: j'accepte avec remerciements.

Il y avait alors trois ans que j'avais quitté Capellen et je n'avais jamais reçu la visite de ma fille et des
enfants de ma femme qui y étaient demeurés.

- Cela prendra bien encore quelques jours, dit l'officier, vu qu'il faut prévenir les différents postes
militaires, en Belgique, par où vous devez passer.

- Je n'ai pas d'objection à attendre une, deux ou même trois semaines pour avoir ce précieux privilège de
revoir mes enfants avant de passer en Angleterre.

- Je vais communiquer votre réponse au Ministère des Affaires Étrangères.

Trois jours plus tard, ce même officier m'apprenait qu'il avait été choisi pour m'accompagner à Bruxelles
et jusqu'à la frontière de Hollande. Il semblait particulièrement heureux d'avoir été choisi, et quant à moi,

je n'avais rien à dire. J'avais eu des relations fréquentes avec cet officier depuis plus de deux ans, et il

m'était plus agréable, évidemment, de voyager avec quelqu'un qui m'était ainsi familier, et qui en somme

avait uni ses efforts aux miens lorsque j'avais tenté de me rendre au chevet de ma femme mourante.

J'attendis pendant une longue semaine, suivie d'une autre longue semaine, lorsque le même officier se
présenta de nouveau, mais avec une figure sombre me laissant assez prévoir qu'une nouvelle tuile allait

m'être lancée sur la tête...

- Une mauvaise nouvelle, lui dis-je?...

- Oui, une mauvaise nouvelle, vraiment.

- Je sais ce dont il s'agit: on refuse maintenant de me laisser passer par la Belgique...

- Vous l'avez dit.

Alors, je ne pus réprimer un léger mouvement d'impatience et de contrariété:

- Comment pareille chose peut-elle arriver?... Ne m'avez-vous pas dit que le gouvernement allemand
avait décidé de me laisser passer en territoire occupé pour voir mes enfants?...

- Oui, répondit-il.

- Alors, quel est donc ce pouvoir supérieur qui est en position de désavouer une décision prise par le

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