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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

cette dame de Gand sur le train qui nous avait amenés à Ostende.

On s'imagine quelles angoisses ces sinistres nouvelles créaient chez nous, chez nos amis de la plage,
comme chez tous les belges en villégiature, à Middelkerke, à Ostende, et dans les environs. Je me

rappelle encore la cruelle anxiété dans laquelle se trouvait cette pauvre dame Anciault, dont la résidence

habituelle était aux environs de Liège. Elle était sans nouvelles de son mari et de quelques-uns de ses

enfants demeurés dans l'est de la Belgique.

Voyant la tournure inquiétante que prenaient les événements, nous décidons de retourner immédiatement
à Anvers, puis à Capellen.

Chapitre III. "THANK YOU"

Nous avions quitté Middelkerke armes et bagages. - Quand je dis armes, ce n'est qu'une façon de parler,
car pour ce qui est des armes que nous avions à Middelkerke, - quelques fusils de chasse, - ils avaient été

confisqués par l'autorité municipale et déposés à la maison communale. Cette précaution a été prise dans

toutes les communes de la Belgique. Les autorités civiles et militaires voyant l'indignation si explicable

de toute la population belge devant l'invasion allemande, et redoutant l'intervention de civils armés, firent

tout en leur pouvoir pour prévenir ce qui, en droit international est contraire aux lois de la guerre. Un édit

fut donc publié enjoignant à tous les civils de remettre aux autorités municipales leurs armes de tous

genres et de tous calibres. On peut donc affirmer sans crainte que des les premiers jours de la guerre, les

civils belges sauf de très rares exceptions, se trouvaient désarmés. Je crois donc de mon devoir d'affirmer

ici que les autorités allemandes, lorsqu'elles ont prétendu que le gouvernement belge était complice des

civils accusés d'avoir tiré sur leurs troupes, ne cherchaient, mais en vain, qu'une excuse pour justifier les

actes inhumains dont ils se rendirent coupables en Belgique.

Donc, le 5 août, nous prenions le train à Ostende pour revenir à Anvers. L'état de guerre existait alors
entre l'Allemagne et la Belgique. Nous étions dans notre compartiment exactement cinq personnes, trois

enfants, ma femme et moi. Au moment où le train quittait la gare, un nouveau passager, tout essoufflé, se

cramponnant à la porte du compartiment, l'ouvre, et faisant irruption à l'intérieur, dit en anglais à

quelqu'un demeuré en arrière:

- "Thank you."

Il répéta plusieurs fois son: "Thank you", en agitant celle de ses mains qui était libre.

Notre homme s'assied à la place qui n'était pas occupée.

Je lui demande: - Are you English?... (Êtes-vous anglais)

- No, I am American, me répondit-il. (Je suis Américain).

- "Alors, si vous êtes Américain, nous sommes du même continent, car je suis Canadien." Il ne me
paraissait pas très enchanté d'avoir rencontré un compagnon si loquace. Comme il se tournait de

préférence du côté de la portière, j'en conclus qu'il trouvait beaucoup plus intéressant le paysage qui se

déroulait devant ses yeux.

- "Et où allez-vous donc, lui demandai-je (toujours en anglais) - si je puis me permettre de vous poser
cette question"?

- "En Russie, me répondit-il".

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