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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

- Oui, lui répondis-je.

- Qu'est-ce? dit-il.

- Je vais être libéré!...

- Eh! bien, c'est cela, mais je vous prie de n'en pas desserrer les dents, car je serais fortement réprimandé,
et même puni pour vous avoir communiqué cette nouvelle moi-même.

C'était la première fois que je me rendais à la Kommandantur. Je fus introduit dans une certaine pièce, où
je me trouvai en présence d'un officier, le capitaine Wolff, le même qui venait à la prison, de temps à

autre, recevoir les dépositions des prisonniers. En tout ce qui regardait l'administration de la prison,

c'est-lui qui semblait faire le chaud et le froid. Cet homme a laissé un souvenir peu enviable chez tous les

Anglais qui ont été mes compagnons de captivité. Quant à moi, je lui pardonnerai difficilement d'avoir

ignoré et laissé sans réponse des douzaines et des douzaines de suppliques que je lui ai adressées pendant

trois années.

Il était là, me regardant et ne disant mot.

- Bonjour, Monsieur, lui dis-je.

- Bonjour!... Je vous ai fait venir pour vous apprendre que vous serez bientôt libéré.

- Quand?...

- La semaine prochaine.

- Quel jour?...

- Jeudi.

- Au moins, est-ce que c'est bien certain?...

- Comment?...

- Je vous demande si, cette fois, ma libération est bien certaine?

- Pourquoi me demandez-vous cela?... Puisque je vous le dis. Puisque c'est décidé!...

- Eh! bien, je me rappelle qu'il y a deux ans vous m'avez communiqué, à la prison, une nouvelle
semblable à celle-ci, et cependant je suis demeuré pendant deux ans encore votre pensionnaire.

Il promena vaguement son regard du côté du plafond, sembla chercher dans son passé s'il n'avait pas
quelque chose à se reprocher, puis, avec un léger sourire, il admit que c'était vrai, mais qu'en vérité, cette

fois-ci, il était question d'un échange entre moi et un prisonnier allemand, en Angleterre.

Les conditions avaient été arrêtées, et l'échange devait se faire incessamment. Je n'avais rien à ajouter si
ce n'est de lui témoigner la satisfaction que j'éprouvais de sortir enfin de l'Allemagne. A une question que

je lui posai il me répondit que ma qualité de député au parlement et de conseiller privé était cause de ma

longue détention.

Il ajouta que tous les documents, papiers, catalogues, livres, correspondances, etc., etc., imprimés ou
manuscrits, qui pourraient m'être utiles et que je désirais apporter avec moi devraient être soumis à la

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