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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

Le peuple allemand commençait-il à réaliser que toutes ces victoires remportées par leurs armées depuis
trois années ne laissaient entrevoir aucune solution heureuse, ou bien le sentiment de l'enthousiasme

s'était-il émoussé chez lui après trois années de luttes, de privations et de sacrifices?... Ou bien encore,

entre la bureaucratie gouvernementale, intensément militarisée, et la masse du peuple n'y avait-il plus

aucune entente, ni aucun lien de sympathie? Je laisse au lecteur la solution de ce problème.

Je ne me rappelle plus maintenant le nom de cet Américain qui, le premier de sa nationalité, fut interné à
la Stadvogtei. C'était un homme maladif. Il nous arriva vers le temps où l'ambassadeur M. Gérard était

absent. Cela se passait, je crois, au mois d'octobre ou de novembre 1916. Cet Américain prétendait qu'il

n'eût jamais été interné si M. Gérard n'avait pas quitté Berlin. Il nous a souvent exprimé des craintes au

sujet de la sécurité de M. Gérard. Il était sous l'impression que l'Allemagne désirait sa perte, et qu'en

retournant en Amérique, M. Gérard courait grand risque d'aller au fond de la mer. Il prétendait qu'on le

détestait souverainement à Berlin, et qu'on le considérait comme un ennemi des intérêts allemands.

Il ne me semble pas hors de propos de mentionner ici qu'une petite polémique eut lieu, dans les journaux
allemands, au sujet de Madame Gérard. Certaines feuilles l'avaient accusée d'avoir ignoré les bienséances

jusqu'au point d'attacher la croix de fer au cou de son chien et de s'être promenée, avec son chien ainsi

affublé, dans les rues de Berlin. L'affaire fit tellement de bruit, qu'un journal semi-officiel, la Gazette de

l'Allemagne du Nord, publia un éditorial à ce sujet. On y disait que les remarques qui avaient circulé à

propos de Madame Gérard étaient fausses de toute façon sous tous rapports, et que M. et Mme Gérard, en

toutes occasions, avaient été d'une correction irréprochable...

Il se passait rarement un jour sans que l'un des sous-officier de service, à la prison, ne vint près des
Anglais internés pour leur faire la question suivante:

- Quand aurons-nous la paix?... A cette question, nous répondions invariablement que nous ne le savions
pas. C'était là un moyen, pour le sous-officier, d'entrer en matière puis de prolonger une conversation au

cours de laquelle il trouvait le tour de dire que l'Allemagne voulait la paix, mais que l'obstacle était

l'Angleterre.

Plusieurs d'entre nous, et en particulier un Belge du nom de Dumont, - qui n'avait pas la langue dans sa
poche, - rétorquaient alors: - Mais pourquoi avez-vous donc commencé?... Un jour, le sous-officier

protestait, disant que l'Allemagne n'avait ni voulu ni commencé la guerre. Alors Dumont, anti-boche

enragé, et violent dans la manière de s'exprimer, se mit à crier: - Vous avez raison, vous avez mille fois

raison, ce n'est pas l'Allemagne qui a commencé, c'est la Belgique!!! Éclat de rire général! Le

sous-officier, confus et confondu, tourne les talons et quitte la cellule.

Chapitre XXVI. QUESTION D'ÉCHANGE

Le 19 avril 1918 restera pour moi une date mémorable. Je venais d'être prié de me rendre à la
Kommandantur: un sous-officier, qui avait reçu l'ordre de m'y accompagner, m'attendait au

rez-de-chaussée. De quoi pouvait-il s'agir?... On avait eu maintes fois l'exemple de prisonniers appelés à

la Kommandantur, qui n'étaient jamais revenus chez nous mais avaient été transférés dans une autre

prison. Je pouvais être un peu inquiet, mais il n'y avait pas à hésiter, surtout quand il s'agissait d'un ordre

donné par l'autorité militaire.

En sortant de la prison, j'entamai avec le sous-officier une conversation un peu vague.

- Mais, me dit-il, savez-vous pourquoi vous êtes appelé à la Kommandantur?...

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