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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

Chapitre XXV. INCIDENTS ET REMARQUES

Quelques semaines après mon entrée en prison, j'étais invité à me rendre au bureau, qui se trouvait au
rez-de-chaussée, et là je me trouvai face à face avec un personnage qui m'était entièrement inconnu.

- Je suis, me dit le visiteur, M. Wassermann, directeur de la Banque allemande. Êtes-vous M. Béland?

- Oui, Monsieur.

- Veuillez donc vous asseoir. J'ai reçu, avant-hier, continua-t-il, une lettre d'un de mes amis, un
compatriote qui demeure à Toronto. Dans cette lettre, mon ami me dit qu'il vient justement d'apprendre,

par les journaux canadiens, que vous étiez interné à Berlin, et il me demande de m'intéresser à vous. Mon

correspondant ajoute qu'il n'a pas été ennuyé par le gouvernement canadien. Que puis-je faire pour vous?

- Vous pouvez sans doute me faire remettre en liberté, ce serait un joli commencement.

- Cela, je le voudrais bien, et je ferai tout en mon pouvoir pour vous être utile, mais je ne sais vraiment
pas si je réussirai. Puis-je faire quelque chose, en outre de cela?

- Rien que je sache.

- Avez-vous une bonne cellule?...

- J'habite une cellule avec trois autres détenus.

- Vous serait-il agréable d'en avoir une à vous seul?

- Oui, assurément, car je pourrais y travailler beaucoup plus à mon aise.

Après ce court entretien, M. Wassermann prenait congé de moi, et quelques jours plus tard on m'offrait
une cellule située au cinquième, c'est-à-dire à l'étage le plus élevé. Là, il y avait une circulation d'air plus

considérable, et une plus grande proportion du firmament était accessible à nos regards. C'est cette

cellule que j'ai habitée pendant trois ans, le No 669.

La prison était chauffée au moyen d'un système de radiateurs à l'eau, mais durant l'avant-midi seulement.
Tout chauffage était abandonné vers les 2 heures après-midi et, généralement, dans la soirée il faisait très

froid. Il m'est arrivé assez souvent d'être obligé de me mettre au lit dès 7 heures, au moment où les portes

étaient fermées. En utilisant toutes les couvertures disponibles, je parvenais à économiser assez de

calories pour ne pas souffrir du froid.

Il nous était permis d'écrire deux lettres et quatre cartes postales par mois. C'est le règlement, qui, en
Allemagne, s'applique à tous les prisonniers sans distinction.

Toute lettre adressée à l'étranger était détenue pendant dix jours, mesure militaire. Toute notre
correspondance, celle qui partait comme celle qui arrivait, était minutieusement censurée. Durant toute

ma captivité, je n'ai jamais reçu un seul journal canadien, bien que plusieurs copies m'aient été adressées.

Des cours de langues, - vivantes, - étaient donnés par des prisonniers chaque jour à la prison. Là, chacun
pouvait, suivant son goût, apprendre le français, l'anglais ou l'allemand.

Nous n'avions que très rarement un service religieux, soit protestant, soit catholique. Durant mes trois
années de captivité, je ne me rappelle pas avoir été invité à me rendre à la chapelle, située dans une autre

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