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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

- Qu'est-ce que vous avez demandé, en particulier?

- D'abord, j'ai protesté contre mon internement, prétendant qu'il était contraire aux lois de me retenir
captif, vu que j'étais médecin. On répondit à cela qu'on n'avait aucune preuve documentaire établissant

que j'étais médecin. C'était au début de ma captivité: par l'entremise de l'ambassade américaine, je me

suis procuré les certificats, diplômes, etc., tant du Collège des Médecins et Chirurgiens canadien, que de

l'université dont je suis gradué, établissant que j'étais bien médecin diplômé, et médecin pratiquant

régulièrement ma profession. Ces documents, comme j'en ai été informé au mois d'octobre 1914, ont été

remis aux autorités compétentes, ici, à Berlin. J'ai alors réclamé ma liberté; j'ai répété et répété mes

requêtes sans autre résultat que de voir, après deux ou trois mois de démarches, un officier de la

Kommandantur s'amener à ma cellule où il se contentait de recevoir une déposition établissant pourquoi

j'étais venu en Belgique et ce que j'y avais fait, etc., toutes choses que les autorités allemandes

connaissaient depuis longtemps. On me faisait signer une procès-verbal insignifiant, et on me quittait

presque en se moquant de moi.

Ma femme était malade depuis un certain temps déjà. Pendant des mois et des mois, cette maladie faisait
des progrès constants; les nouvelles que je recevais chaque semaine de mes enfants et du médecin

m'indiquaient suffisamment que la maladie était fatale. J'ai supplié qu'on me permît de la visiter: on n'a

pas daigné répondre à ma demande. Dans les deux dernières semaines de sa maladie, je fus prévenu, par

dépêche, que je devais me hâter de me rendre auprès d'elle si je voulais la voir vivante: j'ai assiégé la

Kommandantur de demandes quotidiennes pendant tout ce temps, mais toujours sans recevoir de

réponse. J'ai offert aux autorités de défrayer les dépenses de deux militaires qui m'accompagneraient de

Berlin à Anvers, d'où je m'engageais à revenir dès le lendemain. Cette demande fut encore refusée. On

retint ma correspondance; et pendant une douzaine de jours, je fus sans nouvelles de ma famille, en

Belgique; après ces douze jours d'angoisses indicibles, un officier venait m'apprendre que ma femme

était morte, et lorsque je le pressais d'aller immédiatement auprès de la Kommandantur, afin d'obtenir la

permission de m'accompagner jusqu'à Anvers et Capellen, pour assister aux funérailles, il eut pour toute

réponse: - Madame est déjà inhumée depuis deux jours!... Vous concevez, M. le docteur, qu'après avoir

subi un traitement aussi inhumain que celui-là, il m'est impossible, si je veux garder un certain respect

pour ma dignité, de faire aucune nouvelle démarche tendant à obtenir une faveur du gouvernement

allemand: on m'a refusé ce qui était juste, je n'ai plus rien à demander!

Le vieux médecin était triste et embarrassé; c'était comme si je lui avais ouvert les yeux sur un côté de
cette mentalité allemande qui paraissait lui échapper entièrement. Il hésita quelques secondes, puis me

promit tout de même de faire des démarches dans le but de procurer quelque adoucissement au régime

dont je souffrais.

Deux jours après, des instructions arrivaient à la prison. On craignait, naturellement, des représailles du
côté de l'Angleterre, où l'on savait que ma santé était sérieusement menacée par suite de mon

internement. Ces instructions stipulaient que je pourrais sortir, accompagné d'un sous-officier, deux fois

par semaine, durant l'après-midi, que ma promenade se ferait au parc, qu'il ne me serait pas permis de

parler à qui que ce soit, ni d'entrer où que ce soit, de plus, que le sous-officier et moi nous devrions nous

rendre au parc par chemin de fer et en revenir de même.

Je me suis naturellement prévalu de cette permission qui m'était donnée d'aller respirer l'air pur, deux fois
par semaine, pendant quelques heures, et cela, je crois, n'a pas peu contribué à me remonter tant au

physique qu'au moral.

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