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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

allaient les choses (à cette époque), il comptait pouvoir, avant peu, pénétrer avec une compagnie
américaine dans la rue Dirksen et ouvrir les portes de cette fameuse prison où lui, tout comme moi, avait

été détenu des années.

Une autre évasion sensationnelle fut celle d'un Français nommé B... Ce Français, soldat à l'armée, avait
été, avec le peloton dont il faisait partie, cerné dès le début de la guerre dans un petit bois près de la

frontière française, en Belgique. Pour ne pas tomber entre les mains des Allemands, lui et quelques-uns

de ses amis s'étaient réfugiés chez des paysans belges, avaient dépouillé l'uniforme et revêtu un habit de

civil.

M. B... avait tenté de passer en Hollande, par le nord. Il fut pris et amené au camp de concentration des
Français en Allemagne. Après quelques mois, il parvenait à s'évader de ce camp, avec l'uniforme d'un

soldat allemand; il avait même à sa boutonnière le ruban de la Croix de fer. Il fut pincé de nouveau, et

jeté dans une cellule à la prison de Berlin. Il y fut tenu au secret pendant des mois, puis il obtint la

permission de circuler, comme nous, dans les divers corridors. Il forma le projet colossal de s'évader par

le toit, car il occupait une chambre au cinquième.

Les fenêtres des cellules du cinquième sont situées immédiatement sous le toit qui surplombe
légèrement, mais n'offre aucune prise à la main. Le plan de notre Français était de scier une des barres de

fer de la fenêtre, de sortir par l'étroite ouverture ainsi pratiquée, et de grimper sur le toit. Cette opération,

dont je devais être témoin, fut parfaitement exécutée. C'était, il faut l'admettre, un tour de force

mirobolant et une véritable réussite d'acrobatie.

Dès le matin, j'avais été prévenu par le prisonnier lui-même qu'il allait tenter son évasion vers onze
heures du soir. A l'heure dite, je me tenais debout, sur ma chaise, ayant la tête au niveau de ma fenêtre.

Ma cellule se trouvant au même étage que la sienne, je pouvais facilement observer tous les mouvements

qu'il faisait au cours de son évasion.

La barre de fer préalablement sciée, fut d'abord écartée de son point d'appui par le bas, ce qui donna
l'espace nécessaire pour permettre au prisonnier de sortir. Au moyen d'une serviette solidement attachée

aux autres barreaux, il se préservait de toute chute éventuelle qui eut été fatale, puisque sa fenêtre était à

soixante pieds au-dessus de la cour inférieure, entièrement pavée.

Il s'était fait un point d'appui au moyen d'une petite planchette qu'il avait glissée, au sommet de la fenêtre,
entre les briques et la barre de fer horizontale, à laquelle sont fixées les barres verticales. Cette planchette

faisait saillie d'environ un pied en avant du toit. La manoeuvre entière était d'un chic incroyable, et ce ne

fut pas long avant que, appuyé d'une main sur la planchette, il pût, de l'autre, atteindre et saisir une

gouttière qui se trouvait sur le toit à une faible distance du bord. En un instant, et par un magnifique élan,

il allait rouler dans l'obscurité supérieure.

Mais celui qui est sur le toit n'est pas sorti du bois, surtout lorsqu'il s'agit d'un édifice dont les murs ont
soixante-quinze pieds de hauteur. Notre Français s'était muni d'une corde d'une soixantaine de pieds de

longueur faite de draps de lit et d'autres ficelles tirées de droite et de gauche. Il attacha solidement l'une

des extrémités de cette corde au paratonnerre, et se laissa glisser tout du long du mur, puis tomber le plus

doucement possible quand il fut au bout.

On ne l'a jamais revu: on n'en n'a jamais entendu parler. S'il eut été repris quelque part, on n'aurait pas
manqué de le ramener à la prison. Nous avons tous été d'accord, y compris l'officier commandant, que

cette évasion demeure une des plus renversantes qui soient.

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