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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

avait été ouverte. Tous les prisonniers furent immédiatement renfermés dans leurs cellules respectives,
car c'était là le seul moyen de savoir exactement combien d'internés manquaient à l'appel.

L'officier, qui se retirait généralement vers quatre heures de l'après-midi, avait été prévenu par téléphone,
et s'amenait en grande hâte, et tout excité. Son premier geste fut de mettre le portier au cachot: on venait

de découvrir qu'il manquait onze Anglais. Le service de la sûreté fut prévenu, et des dépêches furent

lancées sur toutes les gares et toutes les frontières d'Allemagne. Le corps entier des policiers et les

sentinelles des frontières étaient sur les dents.

A notre grand regret, de ces onze prisonniers évadés, dix furent repris: seul, M. Gibson réussit à se tenir
au large. Quant à MM. Ellison et Keith, ils ne tombèrent entre les mains des Allemands qu'une dizaine de

jours plus tard, après des marches de nuit épuisantes. La température était alors très froide, et on imagine

les souffrances que durent endurer ces prisonniers en route vers les frontières des pays neutres.

Les dix prisonniers capturés furent, les uns après les autres, ramenés à la prison. Les règlements
devinrent beaucoup plus sévères, et il ne pouvait être question, pour eux, de retourner à Ruhleben.

Toutefois, vers le mois d'août 1917, une convention avait été conclue entre l'Angleterre et l'Allemagne au

sujet du traitement à infliger aux prisonniers divers qui avaient essayé de s'évader. Une des clauses de cet

arrangement stipulait que tous les prisonniers coupables de tentative d'évasion, et détenus dans les

prisons, seraient immédiatement renvoyés dans leurs camps respectifs. Nous avions à peine lu, dans les

journaux allemands que nous recevions, soir et matin, les diverses clauses de cet arrangement, que déjà la

plupart des prisonniers entrevirent des possibilités nouvelles de conquérir leur liberté. MM. Ellison et

Keith me prévinrent que ce ne serait pas long, à Ruhleben, avant qu'ils n'entreprissent le voyage de

Hollande.

En effet, dès le mois de septembre, ils s'échappèrent le même jour du camp de Ruhleben, mais
séparément, puis se retrouvèrent dans les rues de Berlin, et cette fois, - troisième évasion, - parvinrent à

passer en Hollande.

Une carte postale qui me fut adressée par M. Ellison, de Hollande même, me mit au courant, sans
beaucoup de détails naturellement, du succès de son entreprise. Ce fut une réjouissance générale chez

tous les prisonniers qui avaient été, pendant de si longs mois, leurs compagnons de captivité.

C'est à Londres, au mois de juillet dernier (1918), que j'eus l'extrême bonheur de rencontrer MM. Ellison
et Keith, et c'est là également, au cours d'une soirée inoubliable passée ensemble, qu'ils me racontèrent

par le menu les péripéties de cette troisième évasion, leur course de Berlin à Brème, de Brème jusqu'à la

rivière Ems, puis dans les marécages qui avoisinent la frontière germano-hollandaise, à quelques milles

de là, et enfin leur visite, à trois heures du matin, chez un paysan hollandais où ils apprirent qu'ils étaient

réellement et définitivement sortis d'Allemagne.

Rien de plus amusant que d'entendre raconter par ces deux ex-prisonniers les scènes de réjouissance qui
eurent lieu dans la maison du paysan hollandais. La brave Hollandaise, femme d'une soixantaine

d'années, s'était levée, à cette heure extra matinale, pour souhaiter la bienvenue aux deux héros de la

poudre d'escampette. On alluma le poêle, on prépara un plantureux réveillon à la fin duquel les deux

Anglais dansèrent, avec le vieux et la vieille, le cotillon de la délivrance.

M. Ellison fait maintenant partie de l'armée anglaise et M. Keith est dans l'armée américaine.

M. Keith m'adressait tout récemment de France une lettre dans laquelle il me disait que de la façon dont

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