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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

- Oui.

- Et alors, comment se fait-il que vous soyez ici, et en habit de civil?...

Et sans attendre la réponse de Werner, l'officier rugit, écume, donne des ordres à faire trembler tout le
monde, et fait jeter Werner en prison.

Peu après, on vient le chercher, à cette prison, pour le faire comparaître tout d'abord devant le
commissaire de police allemande qui le menace des plus terribles châtiments, et lui dit, entre autres

choses: - "Vous verrez ce que c'est que d'avoir affaire à l'autorité militaire prussienne. Je ne donne pas

grand chose pour votre peau!" On le renvoie à la prison, et quelques jours après, il est ramené à Berlin.

Là, il est mis dans un cachot, et le lendemain on le fait comparaître devant le major du régiment, ce

même major qui lui avait octroyé un permis pour aller à Hambourg. En apercevant Werner, le major est

près d'étouffer de rage: il peste, il jure, et il enjoint à Werner de disparaître immédiatement, et de ne

revenir devant lui qu'après avoir remis son uniforme.

On trouve dans un coin, à l'étage inférieur, quelques vieux uniformes. Werner en passe un et on le
ramène devant le major qui s'exclame, se fâche, frappe la table de ses poings, menace Werner des

punitions les plus sévères, et même de le faire coller au mur, et enfin, ayant un peu repris ses sens, il lui

demande ce qu'il a fait de son uniforme. Werner répond qu'il l'a renvoyé au régiment.

- Mensonge! Mensonge! reprit l'officier.

- Il est facile d'en faire la preuve dit Werner, demandez si on n'a pas reçu un uniforme renvoyé au
régiment?

On s'empresse de faire enquête, et on découvre qu'en effet un colis contenant un uniforme de grenadier
est arrivé, quelques semaines auparavant, venant d'Anvers. C'était l'uniforme de Werner.

On renvoie donc Werner en prison en attendant que l'on fasse son procès en Cour martiale. On lui offre
un défenseur: il refuse. Traduit devant les juges de la Cour martiale, on le somme d'expliquer sa conduite

avant que jugement ne soit rendu contre lui. Werner s'exprime à peu près en ces termes:

"Je suis Belge. En conscience, il m'était impossible de prendre les armes contre mon pays. A la première
occasion qui s'est offerte, je n'ai pas déserté l'armée allemande, mais je suis rentré dans mon pays, d'oû

j'avais été tiré contrairement aux lois. A mon point de vue, porter les armes dans les rangs de l'armée

allemande est un acte de félonie et de haute trahison; je n'ai fait qu'obéir à la voix de ma conscience.

Vous pouvez maintenant décider de mon sort: mon plaidoyer est fini."

Les officiers se consultèrent. L'un d'eux dit: - "On ne saurait lui donner plus de quinze ans." On le
renvoie à son cachot. Werner attend avec anxiété le jugement que l'on va porter contre lui. Il attend en

vain, mais quelques semaines après, on vient le chercher dans sa cellule, et il est amené à la Stadvogtei.

C'est là que nous avons fait sa connaissance, et c'est lui-même qui nous a relaté ces divers incidents qui

nous ont paru souverainement intéressants.

Il resta à la prison pendant cinq ou six mois, après quoi on le sollicita de nouveau de rentrer dans les
cadres de l'armée allemande. Il refusa catégoriquement et enfin, on lui fit tenir un document officiel

émanant des plus hauts tribunaux militaires de l'Empire, l'exonérant de l'accusation de désertion qui avait

été portée contre lui.

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