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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

Nous en avons eu des quantités. Je ne saurais passer sous silence le cas d'un Belge nommé Edouard
Werner. Werner était un homme de 25 ou 26 ans, doué d'un physique très remarquable: il était très grand

et très fort. Avant la guerre, il habitait Anvers où il était à l'emploi de la compagnie du Pacifique

Canadien qui a un bureau dans cette ville.

Son père et sa mère étaient allemands; lui-même était né à Anvers, mais à l'âge de 18 ans il avait opté
pour la nationalité belge. Il avait satisfait à toutes les lois du pays au point de vue militaire. Il n'était pas

enrôlé dans l'armée belge, mais il était porteur de papiers établissant son exemption.

Anvers, comme on le sait, était occupée par les Allemands depuis le 9 octobre 1914. Quelques mois plus
tard, Werner reçut un avis d'avoir à se rapporter au commandant d'un district militaire de Westphalie. Il

refusa de se conformer à cet ordre, malgré les instances de sa vieille mère qui, allemande elle-même,

aurait voulu voir son fils dans les rangs de l'armée du Vaterland.

Après deux mois, un second avis lui était adressé, lui enjoignant de se rapporter sans délai au
commandant de ce même district militaire dont il est fait mention dans le paragraphe précédent. Werner,

malgré les supplications de sa mère, refusa encore de se rendre. Enfin, un dernier avis lui fut envoyé avec

menace de mesures de rigueur à son endroit s'il n'obtempérait pas.

Plutôt pour ne pas affliger sa vieille mère que par crainte des menaces qu'on lui faisait, Werner décida de
se rapporter mais il se munit, avant son départ d'Anvers, de tous les papiers d'identification possibles,

démontrant sa nationalité belge, et démontrant également qu'il avait satisfait à toutes les exigences de la

loi du service militaire belge.

Arrivé en Westphalie, il subit un interrogatoire, naturellement:

- Pourquoi ne vous êtes-vous pas rapporté plus tôt? lui demanda-t-on.

- Parce que je suis Belge, répondit Werner.

- C'est faux! c'est faux! vous êtes Allemand! Votre père et votre mère sont Allemands.

- Je n'y contredis point en ce qui concerne mon père et ma mère, mais quant à moi, j'ai opté pour la
nationalité belge, et je suis en possession de tous les papiers le démontrant.

- Laissez voir ces papiers?...

Aussitôt en possession de tous ces papiers, l'officier lui annonce qu'il ne saurait être question de le
considérer comme sujet belge, qu'il était dès lors enrôlé dans l'armée allemande, et qu'il doit partir

incessamment pour Berlin. Là, on le conduisit à la caserne du fameux régiment Alexander, le plus beau

régiment de Prusse, - à ce qu'ils disent, - et dans lequel on n'accepte aucun sujet qui ait moins de six pieds

de taille. Werner, pour sa part, avait six pieds et deux pouces.

On lui met l'uniforme, et il commence son entraînement. Comme il possède le français, l'allemand et le
flamand à la perfection, on l'emploie au bureau du sergent-major, pour les écritures et la traduction. Il

devient plus ou moins populaire parmi les officiers et les sous-officiers. On le croit même sincèrement

converti aux idées allemandes.

Peu de temps après avoir été enrégimenté malgré lui, Werner demande un congé pour aller voir ses
parents à Anvers. Le major lui répond qu'il est absolument impossible d'accorder un congé pour aller en

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