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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

allemand, fut retardé de quelques jours. Enfin, M. Hintermann put quitter la Suisse sur un train à
destination de Berlin, mais à la première gare sur le territoire allemand, il fut appréhendé au corps par

deux casques à pointe. On l'emmena dans la gare, et là, M. Hintermann, en promenant ses regards un peu

partout, remarqua sur la table du chef de gare une dépêche venant de Suisse le concernant. On l'emmena

à Berlin où il fut enfermé dans la prison de la rue Dirksen. Nous étions là.

Sur la porte de sa cellule, on avait écrit: H. Hintermann, englander, c'est-à-dire sujet britannique.
Ce ne fut pas long avant que M. Hintermann eût rayé le mot englander et y eût substitué la

désignation correcte de sa nationalité qui était suisse. On changea plusieurs fois la carte servant à le

désigner, et qui était collée sur sa porte, mais le mot englander y était toujours mystérieusement

effacé et remplacé par le mot propre.

J'ai connu M. Hintermann intimement. Je sais qu'il n'a jamais été naturalisé en Angleterre, mais le
gouvernement suisse et le gouvernement allemand ont été mis sous l'impression, facilement je dois le

dire, qu'Hintermann était devenu sujet britannique. Il ne m'est pas permis de dire, du moins en ce

moment, par quels procédés le gouvernement suisse et le gouvernement allemand ont été mis sous cette

fausse impression.

Durant les trois ans que j'ai connu M. Hintermann, je puis affirmer qu'il n'a cessé de réclamer sa mise en
liberté, et qu'il a maintes et maintes fois mis le gouvernement suisse et le gouvernement allemand en

demeure de démontrer qu'il était sujet britannique. La seule réponse catégorique qu'il ait jamais reçue, à

ce sujet, de la Légation Suisse à Berlin, fut que le ministère des Affaires Étrangères d'Allemagne était

pertinemment renseigné, et qu'il possédait dans ses archives la preuve documentaire que M. Hintermann

avait été naturalisé en Angleterre. M. Hintermann a toujours taxé de fausseté ces prétendus documents.

Je ne saurais en dire davantage, mais il est certain que cet internement d'un sujet neutre, d'un des hommes
les plus braves et les plus honorables que j'aie connus, internement qui n'avait pas encore pris fin lors de

mon départ d'Allemagne, et qui a causé, tant au point de vue de la santé qu'au point de vue de la finance,

un tort incalculable à celui qui en a été victime, aura une certaine répercussion dans le monde politique

après la guerre.

M. Hintermann était un homme d'une très grande valeur. Il était estimé et vénéré de tous les prisonniers.
Dans notre petit monde, dont la grande majorité était composée de miséreux, il a déployé envers tous une

charité inlassable. Parlant également bien l'anglais, le français et l'allemand, il était en état de se mettre

au courant des misères et des souffrances des prisonniers de quelque nationalité qu'ils fussent.

Tous ceux qui l'ont connu, au cours des trois années qu'il a passées à la Stadvogtei, garderont un bon
souvenir de son grand coeur et de sa belle intelligence.

Le sujet des déportations belges a fait les frais de nombreuses polémiques dans la presse mondiale,
pendant un certain temps, et je ne saurais ajouter rien de nouveau à tout ce qui s'est dit. La presse

allemande a concédé, avec hésitation et répugnance, que des déportations de Belges en Allemagne

avaient eu lieu. Les faits, toutefois, crevaient tellement les yeux qu'il eut été impossible de le cacher plus

longtemps.

Nous avions, à la prison, un grand nombre de ces déportés qui avaient refusé de travailler... pour le roi de
Prusse. D'autres ayant accepté du travail afin d'améliorer la position pénible dans laquelle ils se

trouvaient placés au camp de Guben, étaient si maltraités et si mal nourris, qu'ils quittaient tout

bonnement leur usine ou les puits de mine de charbon. Ils étaient alors amenés à la Stadvogtei.

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