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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

formidablement de tous ceux qui ont pu, occasionnellement, servir d'espions au service même du pays.

Maclinks, il est vrai, sortit de la Stadvogtei, mais des renseignements précis qui nous vinrent du dehors
nous apprirent, par la suite, qu'il était loin d'être en liberté. L'officier de réserve autrichien doit être utilisé

pour faire le tour des prisons de l'Allemagne.

Quant à Kirkpatrick, le plus âgé de nous tous, il demeura, malgré ses hésitations au sujet de Maclinks,
toujours fort respecté et profondément estimé: tous le considéraient comme un sage et un philosophe.

Son humour écossais était du meilleur aloi. Nous voyait-il attablés, deux ou trois, avec du boeuf en

conserve et du pain devant nous, qu'il s'écriait: - "Je ne puis comprendre en vérité comment il est possible

en bonne humanité de se livrer à un tel luxe de table lorsque le pauvre peuple allemand de cette ville est

martyrisé par la faim! Est-ce que vous ne savez pas que vous êtes ici à purger une sentence mille fois

méritée?..." C'est ce même Kirkpatrick qui, un 31 décembre, alors que nous lui demandions comment il

espérait franchir le seuil de la nouvelle année, nous répondit simplement: - "Vous entendrez parler de

moi avant demain!" Que voulait-il dire? Nous l'ignorions entièrement. Nous n'avons pas été longtemps

sans le savoir, car un peu plus tard, à minuit, alors que les cloches de l'église la plus voisine lançaient à

tous les échos les douze coups, signal de la nouvelle année, une fenêtre s'ouvrit dans l'obscurité et une

voix de stentor entonna le Rule Britannia!!!

La chanson patriotique était à peine terminée qu'une autre fenêtre s'ouvrit, celle du sous-officier de
service qui, avec force cris et jurons, commanda de faire silence. Le lendemain, lorsque certains de mes

compagnons se présentèrent à ma cellule, je leur posai à chacun la question suivante: - "Est-ce vous qui

avez chanté Rule Britannia, la nuit dernière?" Tous, invariablement, répondaient: - "Non."

Kirkpatrick lui-même fit son apparition vers les 9 heures. Il avait tout-à-fait le même air que de coutume,

et il nous fit ses souhaits de bonne année. Faisant allusion à l'incident de la nuit précédente, je lui

demandai s'il n'avait pas chanté. Il répondit d'un petit signe de tête négatif, avec un sourire qui en disait

fort long sur sa culpabilité. Nous étions justement à dire, entre nous, qu'il serait préférable de faire le

silence autour de l'incident, lorsqu'un sous-officier se présente et demande à chacun de nous, à

l'exception toutefois de Kirkpatrick, si nous n'étions pas l'auteur de ce qui était arrivé durant la nuit.

Chacun en répondant la franche vérité, pouvait nier positivement. On interrogea tous les Anglais, l'un

après l'autre, de cellule en cellule. C'était la même réponse partout. Le seul auquel on ne se hasarda pas à

poser la question fut Kirkpatrick dont l'apparente gravité ne pouvait prêter aux soupçons. Nous en avons

beaucoup ri!

Chapitre XXI. UN SUISSE ET UN BELGE

Un des cas d'internement qui fera le plus de bruit, après la guerre, sera certainement celui de M.
Hintermann, un Suisse. En mentionnant ce cas dans une publication du genre de celle que je fais en ce

moment, je dois garder une certaine réserve et m'abstenir de livrer au public certains détails qui

jetteraient une lumière trop vive sur les agissements de quelques employés du Ministère des Affaires

Étrangères en Suisse.

M. Hintermann était suisse de naissance. Il n'avait jamais renoncé à sa nationalité en ce sens qu'il n'avait
jamais été naturalisé dans un pays étranger. Il habitait Londres avec sa famille et était en relations

d'affaires avec une firme importante de cette ville.

Venu en Suisse au cours de l'été 1915, pour certaines affaires, il décida de se rendre à Berlin. Il lui fallait
pour cela un sauf-conduit signé par le ministre allemand à Berne. Il obtint ce sauf-conduit sans la

moindre difficulté, mais son départ pour Berlin, qui devait être fixé, naturellement, par le ministre

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