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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

occuper une villa au bord de la mer, exactement à Middelkerke. Middelkerke est une place charmante qui
vient justement d'être évacuée par les Allemands, et qui est située à mi-chemin entre Ostende et Nieuport.

C'est des environs de Nieuport que partait la ligne de séparation entre les armées alliées et les armées

teutonnes pendant les quatre années de la guerre.

Je me permettrai d'ouvrir ici une parenthèse afin de raconter un incident qui pourra jeter quelque lumière
sur les intentions de l'Allemagne envers la Belgique.

Au moment où le train à destination d'Ostende sortait de la gare de Bruxelles, un couple entrait dans
notre compartiment déjà rempli. Ce brave homme et sa femme s'excusèrent de leur mieux de pénétrer

ainsi dans un compartiment encombré. On leur pardonna de bonne grâce, vu qu'à ce moment le trafic

était déjà fortement congestionné. - C'était M. L. F... et sa femme, habitants de Gand, et voici l'aventure -

leur aventure - qu'ils racontèrent aux six autres occupants du compartiment.

Comme je l'ai dit plus haut, c'était samedi, le 1er août. Or, la veille, 31 juillet, ce monsieur gantois et sa
femme rentraient en Belgique, de retour d'une excursion en Allemagne. Dans un village d'Allemagne

situé tout près de la frontière belge, ils turent arrêtés et leur automobile fut saisie par les autorités

militaires locales, malgré leurs protestations. Notre Gantois et sa femme durent passer la nuit dans un

petit hôtel de ce village, et dormir dans une chambre du rez-de-chaussée. - De toute la nuit, dit madame

F..., il nous fut impossible de clore l'oeil; ce fut un défilé continuel de troupes allemandes allant vers la

Belgique. Ces soldats passaient en chantant, tambours battants, et faisant un tapage infernal. Ils

chantaient: "Deutschland, Deutschland, uber alles!" - Le lecteur est prié de remarquer que ceci se passait

le soir du 31 juillet, et dans un village qui n'était qu'à deux ou trois kilomètres de la frontière belge, et que

l'ultimatum de l'Allemagne à la Belgique n'était présentée que le 2 août.

Au cours de ce voyage de Bruxelles à Ostende, qui dura près de six heures par suite des retards
occasionnés par la foule des passagers qui s'empressaient de rentrer dans leurs foyers, - plus ou moins

effrayés qu'ils étaient par les rumeurs en circulation, - un autre incident eut lieu qui me semble assez

intéressant pour être raconté un peu en détail.

Dans le compartiment que nous occupions, ma femme et moi, il y avait, - en outre de l'intéressant couple
gantois, - quatre autres passagers, dont trois dames autrichiennes, une mère et ses deux filles, et un grand

propriétaire de chevaux de course des environs de Charleroi. Ces dames autrichiennes semblaient

appartenir à la meilleure société. Elles se rendaient à Ostende, avec l'intention de passer en Angleterre.

La mère prétendait que son fils y était étudiant. La discussion s'engagea, on ne sait trop comment, entre

le propriétaire de chevaux et les dames autrichiennes. Depuis quatre jours déjà, l'Autriche avait déclaré la

guerre à la Serbie. La proposition anglaise suggérant de faire régler l'imbroglio austro-serbe au moyen

d'une conférence était dans tous les esprits, et le monsieur de Charleroi qui, soit dit en passant, n'avait pas

froid aux yeux, disait carrément son fait à l'Autriche. La dame autrichienne plaidait tout naturellement

pour son pays; elle prétendait que les Serbes étaient fourbes et conspiraient constamment contre

l'Autriche. - "Les Serbes, disait le propriétaire de chevaux, je l'admets, ne sont pas intéressants, Madame,

mais il y a quelque chose de moins intéressant que les Serbes, ce sont les horreurs de la guerre.

L'Autriche est l'instrument de l'Allemagne, et cette guerre que vous venez de déclarer à un petit peuple,

cette guerre est peut-être entreprise, Madame, par votre gouvernement dans le but d'arrondir son territoire

balkanique, mais elle est avant tout dictée par l'autocrate de Postdam." - La brave Autrichienne qui, il

faut le reconnaître, apportait dans cette discussion une certaine dose de modération, s'obstinait à ne pas

voir dans cette guerre la main de l'Allemagne. - "Nous verrons un peu", disait le propriétaire de chevaux,

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