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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

que Williamson a tenté de se suicider, qu'il est couvert de sang, et qu'on lui a enlevé son rasoir. Pendant
que le sous-officier me parlait, le bruit causé par les assauts répétés contre les murs et la fenêtre nous

parvenait assez distinctement. Le sous-officier me dit: - "C'est Williamson qui fait tout ce tapage." - Je

pensai qu'il n'était pas en danger de mort immédiat puisqu'il pouvait faire ainsi vibrer les énormes assises

de l'édifice. A la demande du sous-officier, je me rendis en face de la cellule de Williamson. Je me

décidai de lui adresser la parole par cette petite ouverture ronde d'à peu près un pouce de diamètre,

ménagée au centre de toutes les portes de cellules. Je n'avais pas encore fini de lui adresser la parole, qu'il

porta un coup formidable tout près de l'endroit où j'étais. D'un mouvement instinctif je reculai, et le

sous-officier fut d'avis, comme moi, qu'il ne serait pas prudent d'ouvrir la porte immédiatement.

Williamson avait évidemment une arme quelconque à la main. Nous présumions qu'il était venu à bout

de détacher une pièce de son lit en fer. Je suggérai alors au sous-officier de téléphoner à la préfecture de

police pour demander l'aide de deux constables. Le sous-officier sortit puis revint quelques minutes pins

tard avec deux constables et deux autres sous-officiers de la prison. Je propose au sous-officier d'ouvrir

d'abord la cellule de Collins, compagnon de Williamson, et qui se trouvait tout à côté. Collins, que l'on

laissa sortir dans le corridor, avait tout entendu le tapage fait par Williamson. Nous lui demandons de se

tenir près de la porte lorsqu'elle sera ouverte afin de parler le premier à son ami, et tâcher de le calmer.

La porte est enfin ouverte et comme un tigre Williamson se précipite au dehors, saisit son ami Collins, le

jette sur le parquet, et en moins de temps qu'il n'en faut pour le raconter, il était déjà sur lui. Le pauvre

Collins eut été mis en chair à pâté (?) si tous, officiers, constables et prisonniers, nous n'eussions, par une

prompte intervention, réussi à maîtriser Williamson qui semblait privé de la raison. Je lui adresse de

nouveau la parole, et pour tout réponse il me dit: - "Donnez-moi donc mon rasoir que j'en finisse." Ses

vêtements étaient couverts de sang, et il avait au bras une blessure, pas très profonde mais assez étendue,

qui avait été faite avec un instrument tranchant. Pendant qu'on le maîtrisait, je cours chercher des pièces

de pansement, et je lui donne les soins chirurgicaux que requérait son état. On met les menottes au

pauvre malheureux, et on va l'enfermer dans une cellule capitonnée, au sous-sol, en un endroit assez

isolé. On referme sur lui les deux portes, et il en a pour toute la nuit de solitude absolue.

Avant de le quitter, je lui avais demandé s'il ne me serait pas possible de faire quelque chose pour lui. Il
me regarda d'une façon assez étrange, mais ne dit pas un mot. Malgré mes instances, il me fut impossible

de tirer un mot de lui.

J'avais été préoccupé toute la nuit au sujet de ce pauvre homme. Le lendemain matin, aussitôt que ma
porte fut ouverte, je demandai au sous-officier s'il voulait bien m'accompagner à la cellule de

Williamson. Il fallait pour cela passer dans une autre section de la prison, et il fallait être accompagné. Je

pris donc du thé, quelques biscuits, et nous nous dirigeâmes vers le sous-sol. Les portes ouvertes, nous

trouvons Williamson debout au milieu de la cellule, les yeux hagards. Je lui dis: - "Bonjour!... Comment

allez-vous?..." Pas un mot de réponse. - "Avez-vous bien dormi?..." Pas un mot - "Je vous ai apporté du

thé et des biscuits, si vous désirez autre chose, il m'est permis de vous l'apporter." Pas un mot: il me

regarde fixement, et n'a pas l'air de comprendre ce que je lui dis. Je dépose le thé et les biscuits sur le

matelas, car à part le matelas, il n'y a absolument rien dans cette cellule dont le parquet et les murs sont

capitonnés. Après quelques tentatives supplémentaires et inutiles pour en tirer quelques paroles, je me

retire avec le sous-officier. A neuf heures, je fis mon rapport au médecin de la prison qui ordonna de

transporter Williamson à l'hôpital.

Après trois semaines d'absence, Williamson revint à la prison. Il semblait un peu mieux, mais dès la
première nuit qu'il passa avec nous, je fus appelé auprès de lui par un sous-officier. Je le trouvai à côté de

son lit en pleine crise épileptique. L'attaque passée, nous le replaçons sur son lit et je demeure une heure

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