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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

Chapitre XVIII. EN MA QUALITÉ DE MÉDECIN

Pendant mes trois années de captivité à la prison de Berlin, j'ai pu pratiquer ma profession de médecin
assez librement. Les soins médicaux étaient censés être donnés aux prisonniers par un vieux praticien de

Berlin qui venait à la prison chaque jour, de neuf heures à dix heures de l'avant-midi. Les malades, -

quand ils pouvaient marcher, - se rendaient à son bureau, accompagnés par un sous-officier. A dix

heures, le vieux médecin quittait la prison pour n'y revenir que le lendemain à la même heure, de sorte

que pendant 23 heures, chaque jour, j'étais le seul médecin auquel on pouvait avoir recours dans la

section de la prison où se trouvait ma cellule.

L'une des trois sections triangulaires de la prison était exclusivement occupée par les soldats allemands
accusés d'avoir manqué à la discipline. La plupart attendaient là le moment de passer en Cour martiale. A

plusieurs reprises, j'ai été prié d'aller donner mes soins à quelques-uns d'entre eux. Durant le jour, je

faisais la visite des malades en allant de cellule en cellule, mais durant la nuit, comme toutes les portes

des cellules étaient fermées à clef, depuis sept heures du soir jusqu'à huit heures le lendemain matin, il

fallait qu'un sous-officier vînt me quérir. Ces cas se présentaient assez souvent. J'étais encore appelé

chaque fois qu'un prisonnier avait attenté à ses jours. J'ai pu constater, une dizaine de cas de suicide: les

uns au revolver, d'autres au moyen d'un rasoir, ou par la strangulation. Bien n'était plus triste qu'une

détonation entendue au milieu de la nuit dans cette sombre prison; les murs en étaient secoués; tous les

prisonniers étaient arrachés à leur sommeil, et chacun se demandait quel pouvait être le malheureux qui

venait, d'attenter à ses jours. Quelques minutes plus tard, invariablement, ma cellule était ouverte, un

sous-officier se présentait, et j'étais prié de l'accompagner, soit pour constater la mort, soit pour donner

des soins à un malheureux agonisant.

Les soins médicaux que je pouvais donner à tous les prisonniers sans distinction, et même aux
sous-officiers, quand ils les requéraient, avaient naturellement disposé en ma faveur la plupart des

surveillants, et la liberté de mouvement dont je jouissais comme médecin à l'intérieur de la prison, - que

l'on n'a jamais ou à peu près jamais tenté de restreindre, - me permit de rendre beaucoup de services à des

prisonniers miséreux, soit en leur apportant des médicaments, soit en leur fournissant des vivres. J'ai

toujours été en cela généreusement secondé par mes compagnons de captivité, surtout ceux de nationalité

anglaise. On n'avait qu'à faire un appel en faveur d'un prisonnier souffrant ou trop délaissé, pour voir

accourir vers sa cellule plusieurs détenus apportant l'un du thé et des biscuits, l'autre du pain et de la

margarine... enfin, autant de choses qui pouvaient soulager dans une large mesure les souffrances dont

nous étions quotidiennement les témoins.

Un des cas les plus tristes dont j'aie été le témoin est celui de Dan Williamson. Dan Williamson s'était
échappé deux fois du camp de Ruhleben. Lors de sa première évasion, il fut capturé et interné à la

Stadvogtei où il demeura environ un an. Il fut alors interné de nouveau au camp de Ruhleben. Quelques

mois plus tard, il réussissait, avec son compagnon Collins, de tromper encore une fois la vigilance des

gardes prussiennes, et à prendre la direction de la frontière de Hollande. Tous deux furent repris et

ramenés à la prison de Berlin.

C'était au temps où les prisonniers qui tentaient de s'évader étaient punis de deux semaines de cachot;
Williamson et Collins furent donc jetés chacun dans une de ces cellules sombres du rez-de-chaussée dont

j'ai parlé plus haut. Un jour, vers les cinq heures du soir, un bruit formidable se produisit. On entendait

distinctement la résonance de coups frappés avec violence contre les murs. On pouvait aussi entendre

plus ou moins distinctement des paroles de menace. Un sous-officier se présente à ma cellule, m'apprend

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