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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

La section de la Stadvogtei où j'étais enfermé pouvait donner asile à deux cent cinquante prisonniers,
distribués dans environ 150 cellules, dont quelques-unes enfermaient jusqu'à huit prisonniers. Une grande

partie de ces cellules ne mesuraient que douze à quinze mètres cubes, les prisonniers qui les occupaient

étaient obligés de laisser leur fenêtre ouverte pour se procurer la quantité d'air voulue.

Ainsi qu'il a été dit plus haut, la prison, dans son ensemble, était triangulaire, et à l'intérieur de chacune
des sections, - également triangulaires, - se trouvait la cour où les prisonniers avaient accès pendant

quelques heures dans l'après-midi. Toutes les cellules avaient une fenêtre s'ouvrant sur cette cour

intérieure. Longeant chacun des côtés du triangle, se trouvait un corridor dont les fenêtres ouvertes sur

l'extérieur étaient opacifiées de façon à couper le regard. Toutes les fenêtres étaient barrées de fer.

L'édifice était à cinq étages dont un rez-de-chaussée. C'est dans ce rez-de-chaussée que se trouvaient les

cellules sombres ou cachots. Il y en avait quatorze. Les fenêtres de ces cellules étaient munies en dehors,

c'est-à-dire du côté de la cour, de contrevents s'appliquant exactement sur les croisées. On y enfermait les

prisonniers, de nationalité anglaise surtout, qui s'étaient échappés de Ruhleben et avaient eu le malheur

d'être repris au cours de leur fuite vers la Hollande ou la Suisse.

Une entente avait été conclue entre l'Angleterre et l'Allemagne au sujet de la punition à infliger aux
prisonniers civils qui s'échapperaient de leurs camps de détention respectifs. En vertu de cet arrangement,

tout prisonnier repris après son évasion devait être détenu au secret pendant deux semaines.

La Kommandantur de Berlin, c'est-à-dire le capitaine Wolf qui semblait en être le grand manitou, avait
pris sous son bonnet d'interpréter à sa manière cette clause de l'arrangement. Nous vîmes alors arriver

dans la cour une équipe d'ouvriers qui fabriquèrent les dits contrevents. Tous les prisonniers anglais qui

s'évadèrent par la suite furent jetés dans un de ces cachots. Pendant les quatre premiers jours ils étaient

tenus dans l'obscurité la plus complète et nourris au pain et à l'eau. La cinquième journée, on abaissait

quelque peu le contrevent, afin de laisser pénétrer un faible jet de lumière et, en outre du pain, on servait

à ces prisonniers les deux soupes réglementaires, et douteuses, dont les autres étaient gratifiés. Les quatre

jours d'éclipse totale et de pain sec recommençaient, suivis d'une autre journée de lumière et de soupe.

Enfin, quatre autres jours d'obscurité complète terminaient la période totale de quatorze jours. Alors, ces

malheureux devenus libres relativement, c'est-à-dire comme nous, avaient la permission de circuler dans

les corridors et les cellules des différents étages, avec accès à la cour pendant quelques heures de

l'après-midi.

La vie de prison est monotone au suprême degré. Une de nos distractions favorites était le départ et
l'arrivée des prisonniers et les potins divers que ce remue-ménage occasionnait. Dix prisonniers, en

moyenne, étaient élargis chaque jour, et il en arrivait un nombre à peu près égal pour les remplacer.

Cette section de la Stadvogtei où nous étions confinés était sous la direction suprême de la
Kommandantur de Berlin, qui était représentée à la prison elle-même par un officier. Pendant les trois

ans de mon incarcération, l'officier représentant la Kommandantur fut toujours le même: l'ober-lieutenant

Block. Sous cet officier se trouvait un sergent-major, et sous ce sergent-major, sept sous-officiers, un

portier, lui-même sous-officier. Deux sous-officiers se tenaient au bureau, au rez-de-chaussée, et un

sous-officier était chargé de la surveillance à chacun des cinq étages. Le sergent-major avait la

surveillance générale et faisait son inspection chaque jour. Quant à l'officier Block, sa dignité le retenait

au rivage, et ce n'est que deux ou trois fois par semaine qu'il daignait passer à travers les corridors, aux

différents étages.

Une manie qui paraît générale chez les officiers et les sous-officiers allemands, c'est de parler très fort, et

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