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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

- Simplement ce que je dis. Que je n'ai jamais eu l'intention d'éviter de me conformer aux règlements que
vous avez affichés.

- Vous le prenez de haut. Croyez-vous donc que nous ignorons que vous êtes sujet britannique?

- Je ne l'ai jamais pensé.

- Vous êtes sujet britannique, n'est-ce pas?... Vous êtes sujet britannique?

- Vous l'avez dit.

- Alors, si vous me permettez, je reprends l'accusation que vous avez portée contre moi, et je vous ferai
une simple question: s'il était établi que le chef de police militaire allemand, ici même, à Anvers, me

connaît personnellement; qu'il m'a rencontré plusieurs fois; que nous avons échangé de longues

conversations; qu'il connaît ma nationalité; qu'il sait sous quelles circonstances je me trouve être en

Belgique; pourquoi j'y suis venu; ce que j'y fais; et enfin, ce que j'ai intention de faire, seriez-vous

toujours d'opinion que j'ai enfreint volontairement les règlements en ne me "rapportant" pas à ce bureau?

Mon officier, visiblement décontenancé, attrape le téléphone, et se met en communication avec le chef de
police. Il obtint évidemment satisfaction, car il en rabattit considérablement, et dans son ton menaçant, et

dans son attitude hautaine.

Bien, me dit-il, vous deviez pourtant savoir qu'en votre qualité d'étranger, il ne vous était pas permis de
circuler sans une carte d'identification. Nous vous donnerons donc votre carte, et vous devrez vous

"rapporter" ici toutes les deux semaines.

L'officier devait décharger sa colère sur quelqu'un. Il se tourna du côté du soldat qui était toujours là,
planté comme un as de pique, lui lança le plus brutalement possible le commandement de se retirer:

"Los!" ("Sors!")

Le soldat, pauvre esclave, se frappe les talons, frappe ses cuisses de ses mains, regarde fixement
l'officier, son maître, fait demi-tour à droite et enfile la porte.

Une heure plus tard, pas trop ennuyé, en vérité, de mon excursion, je rentrais à Capellen où j'étais
immédiatement entouré de ma famille et d'un groupe d'amis qui désiraient savoir le court et le long des

événements de la journée.

Muni de ma nouvelle carte, j'étais apparemment en toute sécurité, et je pouvais circuler librement au
milieu de mes malades. Au bout de deux semaines, je me "rapportai" de nouveau à Anvers. On visa mon

passeport, et je continuai de respirer, du moins pour un certain temps, l'air de la liberté.

Chapitre XIII. UN MAJOR DÉSOLÉ

On conçoit que le voyage que j'avais dû faire à Anvers, en compagnie d'un soldat allemand, m'avait un
peu humilié. J'écrivis à ce sujet une longue lettre de reproche au major Von Wilm lui-même dans laquelle

je lui relatais tous les incidents de cette journée.

Quelques jours plus tard, je recevais de ce haut officier allemand une réponse à ma lettre dans laquelle il
me disait que mon arrestation provisoire avait été causée par une dénonciation (?), qu'il avait donné tous

les renseignements désirés et désirables à la préfecture de police allemande, que tout était maintenant en

ordre, et il terminait en me donnant de nouveau l'assurance que je ne serais jamais plus inquiété.

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