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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

- Non, reprit le sous-officier, vous faites mieux de laisser votre bicyclette ici, à la mairie, et je vous prie
de m'accompagner.

Quelques minutes plus tard, nous arrivions à la gare, transformée en poste militaire comme toutes les
gares du pays occupé. Le sous-officier m'indiqua une salle d'attente ou j'entrai et me trouvai au milieu

d'un groupe de soldats causant et fumant.

Un de ces soldats reçut un bref commandement: il se leva, s'affubla du casque à pointe, passa la bande de
sa carabine à son épaule, et me dit simplement: "Commen sie mit." Ce qu'avec raison j'interprétai comme

voulant dire: "Venez avec moi." Pour la première fois, j'avais l'honneur de parader dans les rues avec un

disciple de Bismarck.

Les gens de Capellen, qui me connaissaient déjà assez bien, se plaçaient sur le seuil de leur porte pour
me voir passer. Quelques minutes plus tard, nous étions à Anvers. Je fus conduit à la Bourse, immense

édifice qui avait eu l'honneur de recevoir une bombe lors du raid aérien du 25 août (1914).

Les Allemands avaient installé dans la Bourse un bureau de contrôle pour les étrangers. Je l'ignorais
alors, mais je l'appris en assez peu de temps... Je fus introduit dans une certaine pièce sur la porte de

laquelle j'avais lu le nom de l'officier en charge, le lieutenant Arnim. Je prie le lecteur de croire que je

n'oublierai jamais ce nom, pas plus que le personnage qui le portait.

A l'intérieur de ce bureau se trouvait une table assez longue, à l'extrémité de laquelle deux militaires
étaient assis; à gauche, un officier de taille exiguë et mince de figure, et. à droite, un sous-officier de

corpulence respectable.

En m'apercevant, l'officier m'apostropha d'une manière violente:

- Monsieur, dit-il, vous vous seriez évité l'ennui d'être amené ici, sous escorte militaire, si vous vous étiez
"rapporté" comme c'était votre devoir de le faire!

- J'ignorais, Monsieur, qu'il fût de mon devoir de me "rapporter".

- C'est faux, reprend l'officier en haussant le ton notablement, c'est faux. J'ai fait afficher dans toutes les
communes de la province d'Anvers un avis enjoignant à tous les sujets des pays en guerre avec

l'Allemagne de se "rapporter" dès avant telle date. Vous ne pouviez pas l'ignorer.

- Assurément, je l'ignorais!... Où donc, à Capellen, avez-vous fait afficher cet avis?

- A la maison communale.

- Eh! bien, j'habite à un kilomètre de la maison communale et je n'y vais jamais.

- Il est inutile de tenter une explication, vous vous êtes sciemment et volontairement soustrait à la
surveillance militaire, et remarquez, dit-il, que cela est très sérieux.

- Monsieur, lorsque vous affirmez que je me suis soustrait à la surveillance policière, vous vous mettez
en contradiction avec les faits. Ce que vous dites là n'est pas conforme à la vérité.

Comme poussé par un ressort, l'officier était debout:

- Comment?... dit-il. Qu'est-ce que vous voulez dire?

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