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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

entretien que nous eûmes avec lui, après les assurances renouvelées qu'il me donna que je pourrais
demeurer en territoire occupé sans crainte d'être ennuyé, molesté ou emprisonné, eu égard précisément à

ma profession et aux services médicaux que je rendais à la population, nous décidâmes d'attendre

jusqu'au mois d'avril. C'est à cette époque que les taxes devaient être payées, et alors, ce haut officier

allemand, fonctionnaire important de la province d'Anvers, s'engageait à discuter avec les autorités

financières allemandes, de Bruxelles, la question de savoir s'il ne serait pas possible de faire disparaître

les conditions particulièrement onéreuses qui consistaient à soumettre à une taxe multipliée par dix toutes

les propriétés que nous avions en Belgique.

Au mois d'avril, les taxes furent payées au taux ordinaire, et je me rendais de nouveau à Anvers, chez le
major, pour l'engager à entrer en négociations avec les autorités financières allemandes au sujet de la

majoration des taxes.

Il me promit de considérer la chose aussitôt que ses nombreuses occupations lui en laisseraient le loisir.
Enfin, il me renouvela l'assurance de sa haute protection, me conjurant de vivre en parfaite sécurité, qu'il

ne saurait être, à mon sujet, question d'un internement.

Quant à la question des taxes, il n'en avait aucun doute, elle serait réglée à notre entière satisfaction.

Chapitre XII. ÇA SE CORSE

Au printemps de 1915, les mesures de surveillance policières acquirent une recrudescence de sévérité.
Une promenade sur la chaussée, une visite à domicile, soit chez un parent, soit chez un pauvre, soit chez

un malade, tout cela était observé et minutieusement épié.

Au cours d'une simple promenade à travers les allées d'un jardin, il n'était pas rare d'apercevoir derrière
soi un oeil inquisiteur percer comme une flèche à travers le feuillage. Incessamment, nous nous sentions

talonnés de tous côtés.

L'infraction la plus insignifiante aux règlements de l'autorité occupante, - et Dieu sait s'il en était affiché
sur tous les murs de ces règlements! - était punie de fortes amendes ou de prison.

Le torpillage du Lusitania eut lieu vers cette époque. En cette occasion, une aigreur nouvelle, pour ne pas
dire plus, s'était fait jour dans l'âme de l'Anglais, tandis que chez l'Allemand ce qui perçait, au contraire,

c'était un sentiment d'orgueil et de domination plus accentué. De même que l'on venait de déchaîner le

terrorisme sur mer, de même on voulait semer la terreur dans tout le territoire occupé. Tout cela

contribuait à nous faire désirer plus ardemment encore de sortir de la Belgique et de revenir au Canada,

d'autant qu'un des médecins de Capellen était rentré.

Le 15 mai (1915), à 9 heures du matin, un messager vint me dire que ma présence était requise à la
maison communale. Ce n'est pas sans appréhension que je m'y rends. Dans le bureau du maire, je me

trouvai en présence du maire lui-même et d'un sous-officier allemand. Le maire, qui était un de mes bons

amis, et qui savait parler du regard, me dit, en me lorgnant d'une certaine manière: - "Ce sous-officier

désire vous parler."

- Qu'y a-t-il? demandai-je au sous-officier boche.

- Vous devez, me répondit-il, vous rendre immédiatement à Anvers.

- Très bien, je vais m'y rendre, à la minute, sur ma bicyclette.

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