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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

de fer barbelé court d'un fort à l'autre, on avait installé un poste d'inspection et de contrôle. Le jour de
Noël même, le contrôle des passe-ports se faisait, et personne ne pouvait passer à moins d'être muni d'un

permis régulier émanant des bureaux de l'administration allemande à Anvers. Nous étions donc, de ce

moment-là, privés de toute communications postales ou autres avec le reste du monde.

L'hiver était arrivé: la misère était grande en Belgique, et sans les secours en vivres et en vêtements
venus des États-Unis et du Canada, une très forte portion de la population belge eut péri au cours de la

froide saison.

Il convient de faire mention ici d'une société de bienfaisance dite de Saint-Vincent de Paul à
laquelle nous avons donné notre humble concours et qui avait comme principales zélatrices, à Capellen,

madame Geelhand, madame la comtesse Le Grelle, madame la baronne Osy, madame Guillet, madame

Tinchant, madame de Waelhens, mademoiselle Linen, madame Joseph Cogels et, de Hollande, madame

la comtesse van der Steegen.

C'est au sein de cette société, dont la charité et le dévouement ne se sont jamais démentis, que les pauvres
et les malades trouvaient les secours et les consolations.

Chapitre X. PAROLE D'ALLEMAND

Vers la fin du mois d'octobre 1914, doux ou trois semaines après l'occupation de la forteresse d'Anvers
par les Allemands, Son Éminence le cardinal Mercier adressa à son clergé et à ses ouailles une lettre

pastorale célèbre dans laquelle il invitait particulièrement les Belges qui s'étaient réfugiés en Hollande

pendant le bombardement de la région nord de la Belgique, à rentrer dans leurs foyers.

Cette lettre pastorale contenait une allégation particulière dont nous nous rappelons encore parfaitement.
Son Éminence y disait qu'à la suite d'une conférence qu'il avait eue avec les autorités allemandes, et

a'appuyant sur les assurances qu'on lui avait données, il croyait de son devoir d'inviter les citoyens belges

réfugiés en Hollande à revenir chez eux, leur représentant et affirmant qu'ils seraient exempts de tout

ennui, et que dans aucun cas ils ne pourraient être molestés ni tenus responsables collectivement de tout

délit particulier. L'autorité allemande, ajoutait le cardinal, nous donne l'assurance que dans le cas de

délits particuliers, commis contre l'autorité occupante les coupables seraient recherchés, mais dans le cas

ou ils ne pourraient être découverts, la population civile n'en serait pas tenue responsable.

Ce document épiscopal fut publié et répandu, naturellement dans toute la Hollande, et par suite, des
milliers et des milliers de fugitifs belges réintégrèrent leurs foyers.

Vers le 15 décembre de cette même année, c'est-à-dire à peine deux mois plus tard, deux gamins de
Capellen montèrent sur une locomotive laissée libre en face de la gare par le mécanicien et le chauffeur

qui étaient allés dîner. Les gamins s'amusèrent à faire jouer le volant, et à faire bouger la locomotive dans

un sens ou dans l'autre. Ils furent surpris par des militaires qui les arrêtèrent et les conduisirent à Anvers,

où tous deux furent condamnés à trois semaines de prison après un procès sommaire.

Ce petit incident paraissait clos, et personne ne semblait s'en être ému plus que de raison, et cependant,
dès le lendemain, M. le major Schuize, si je ne me trompe, commandant à Capellen, invitait M. le

bourgmestre à lui fournir une liste de vingt-quatre citoyens de la commune, dont le curé, M. Vandenhout,

et l'ancien bourgmestre, M. Geelhand. Ces vingt-quatre citoyens formeraient trois équipes de huit

personnes, et chaque équipe, à tour de rôle, aurait à faire la garde de la voie ferrée, pendant toute la nuit,

de six heures du soir jusqu'à sept heures du matin, et cela, jusqu'à nouvel ordre. Ce fut un tollé général

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