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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

- Mais j'ai l'intention de quitter la Belgique avec ma famille pour retourner au Canada, car je suis
canadien, et par conséquent sujet britannique.

- Je sais cela, me dit-il, je sais cela.

Je confesse que je fus assez étonné de constater qu'il connût si bien ma nationalité. Quel merveilleux
service d'espionnage ont ces gens!

- Si, ajouta-t-il, vous ne devez pas quitter absolument la Belgique, rien ne vous empêche de demeurer ici,
quoique sujet anglais. J'ai appris que vous êtes médecin, et que vous avez fait, en cette qualité, du service

à l'hôpital d'Anvers. Vous n'avez; donc rien à craindre en demeurant ici, étant protégé par les lois et par

l'autorité militaire.

J'échange un regard avec ma femme, et nous fûmes d'accord en un instant. Nous acceptions cet officier et
ses hommes et nous restions. Cet arrangement nous allait d'autant mieux que Capellen, à cette époque, ne

possédait plus de médecin, quelques-uns d'entre eux étaient rendus à l'armée, et les autres en Hollande.

Dans ces circonstances, je pouvais me rendre très utile. Ma femme se trouvait à la tête d'une société de

bienfaisance établie depuis assez longtemps à Capellen, et qui prenait, à cause de la guerre, une

importance et une utilité inaccoutumées. Malgré les circonstances pénibles où nous nous trouvions par

suite de l'occupation allemande, il nous sembla préférable, à tout prendre, de continuer à mener

tranquillement la vie de famille dans notre foyer, - comme firent d'ailleurs la plupart de nos amis qui

n'avaient pas eu le temps ou n'avaient pas voulu s'expatrier, - et à donner des soins aux malades et des

secours aux pauvres.

Cet officier allemand devenu notre hôte était du Brunswick, et se nommait Goering. Il avait été attaché à
l'ambassade allemande en Espagne pendant deux ans, et à celle du Brésil pendant huit ans. Il possédait, il

faut le reconnaître, beaucoup de vernis international, parlait assez bien le français et l'anglais et n'avait,

naturellement, aucun doute au sujet de la victoire définitive des armées allemandes. C'était aussi l'opinion

des trois autres militaires qui l'accompagnaient. A ce moment, Anvers venait de tomber entre leurs

mains, et ces bons Prussiens s'imaginaient que, dans quelques semaines au plus, leurs troupes

débarqueraient en Angleterre. D'Ostende où ils entraient justement, il leur semblait qu'il n'y eût plus

qu'un pas à faire.

Cet officier nous quitta à la fin de décembre après avoir demeuré avec nous environ trois mois. Je dois
dire que je n'ai pas trouvé en lui le type de l'officier prussien, et cela se comprend facilement lorsque l'on

songe que, depuis dix ans, il avait vécu en pays étranger, et en contact avec les diplomates et les attachés

d'ambassade de tous les pays du monde. Son cosmopolitisme semblait l'avoir sauvé dans une certaine

mesure, mais il n'en croyait pas moins à l'immense supériorité de la race allemande; il vantait la

civilisation germanique et croyait que l'industrie allemande était destinée à accaparer tous les marchés de

l'univers. Enfin, il prétendait que la France était dégénérée, que l'Angleterre n'avait pas et ne saurait

jamais avoir d'armée puissante, que la prise de Calais et de Dunkerke n'était plus qu'une question de

semaines, etc.

Durant les mois d'octobre et de novembre de cette année-là, il était encore possible, bien que la frontière
fût gardée par des soldats allemands, de passer en Hollande sous un prétexte quelconque. On pouvait y

aller pour acheter des provisions, pourvu que les sentinelles eussent l'assurance que nous ne partions pas

pour ne plus revenir. Vers la Noël (1914), la frontière entre la ville d'Anvers et la Hollande fut fermée

hermétiquement, si je puis me servir de cette expression. A un kilomètre environ de la frontière, où le fil

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