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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

Enfin il me quitte. Je ferme la porte et je donne instruction à la servante d'éveiller tout le monde dans la
maison, les enfants et les parents venus d'un peu partout qui logeaient chez nous depuis le

commencement du siège, et nous tenons un conseil de famille, qui fut aussi, c'est bien le cas de le dire, un

conseil de guerre. Tout le monde semblait d'avis que nous devions filer en Hollande. Le bon vieux curé

de Schooten, qui était un petit peu de la famille, partageait également cet avis. Je propose alors que ma

femme et les enfants partent avec tout le bagage qu'il leur était possible de porter à la main, tandis que

moi je resterais avec le vieux Nys, serviteur au château depuis plus de trente ans. Le vieux serviteur était

bien consentant, mais, comme on le suppose bien, ma femme s'y objecte. - "Nous resterons tous, ou nous

partirons tous." - Je propose enfin d'aller consulter un vieux Capellois, Monsieur Spaet, homme de

grande expérience, allemand d'origine, mais devenu citoyen belge depuis une cinquantaine d'années.

Cette proposition fut agréée de tout le monde.

Je me rendis donc chez M. Spaet, à travers la foule de fugitifs qui encombraient encore la chaussée à
cette heure tardive. Je trouvai M. Spaet chez lui, et il me dit simplement qu'il n'avait pas de conseils à me

donner, mais que si je lui demandais ce qu'il allait faire lui-même, il n'hésiterait pas à me répondre qu'il

retournerait dormir aussitôt que j'aurais quitté sa maison. Je revins donc, quelque peu rassuré, et en

entrant au château, en présence de toute la famille, et de tous les amis de la famille réunis, - et prêts à

partir pour la Hollande, je dis: "Chacun retourne à son lit", et je fais rapport de ma visite à M. Spaet. On

se remit au lit, mais comme on le pense bien le sommeil fut lent à fermer les paupières.

Une autre formidable détonation eut lieu peu après. C'était un second fort, celui de Capellen, qui venait
de sauter. L'immense maison que nous habitions en fut secouée comme une simple feuille d'arbre.

Quelques minutes plus tard, la servante vint de nouveau me dire que le visiteur qui était venu une heure

auparavant était encore là et désirait me parler. Je me rends auprès de lui. C'était bien le même. Comme il

insistait de nouveau pour nous décider à partir, je lui posai cette question:

- Que font tous les autres de Capellen?...

- Tous les autres sont partis, me dit-il.

- Et M. Spaet, lui?...

- M. Spaet?... mais il est en Hollande comme les autres.

Constatant que mon interlocuteur était un menteur, et qu'étant menteur, il pouvait bien également être un
voleur, j'en vins à la conclusion qu'il s'agissait d'un plan sinistre organisé par un de ces chacals qui

suivent ou précèdent les armées, pour piller le château après notre départ. J'indiquai la porte à ce louche

personnage, et l'incident fut clos... Mais quelle nuit nous avions passée!

Bientôt le jour parut: un soleil radieux se levait et dorait le feuillage déjà jauni par l'automne. En ouvrant
une fenêtre, je constatai qu'un grand nombre de femmes et d'enfants dormaient encore dans les allées du

jardin. Les Allemands n'étaient pas encore arrives, mais cela ne pouvait tarder.

Chapitre VII. "L'ALLEMAND EST LA!"

A neuf heures du matin, le 10 octobre, un messager se présentait chez moi pour m'inviter, de la part d'un
groupe de citoyens, à me rendre à la mairie. De quoi pouvait-il s'agir?... Je l'ignorais. Je me rendis donc à

la maison communale, et sur une distance d'environ un kilomètre, je remonte le flot des réfugiés qui

continuent leur marche pénible et lente vers la Hollande.

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