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Henri Béland - Mille et un jours en prison à Berlin

question que tout le monde se posait.

Dans les groupes disséminés un peu partout, dans les allées du parc du Starrenhof (résidence de la famille
Cogels), sur la grande chaussée Anvers-Hollande, en face de la maison communale, on se demandait:

"Quand aurons-nous les Allemands?" Et la crainte se peignait sur toutes les figures, car les rapports qui

nous étaient parvenus des villages du centre et de l'est de la Belgique étaient loin de nous rassurer sur la

conduite probable de la soldatesque allemande.

Des réfugiés du village d'Aerschot, qui logeaient à la ferme du château, nous avaient fait une peinture
saisissante des tragiques événements qui s'étaient déroulés à cet endroit: le meurtre et l'incendie y avaient

régné en maîtres pendant plus d'un jour. Enfin, toute la population de Capellen, et tous les réfugiés qui s'y

trouvaient, étaient dans le plus grand état de nervosité.

Le soir tomba sur Capellen et les campagnes environnantes, avant que les Allemands y eussent fait leur
apparition. Vers neuf heures et demie, alors que nous étions à causer en famille, une forte détonation se

produisit. Qu'est-ce que cela pouvait être? Chacun exprimait son opinion, et l'on était généralement d'avis

qu'un zeppelin avait survolé le village et laissé tomber une bombe dans la cour. Ce n'était pas tout à fait

cela. Nous avons appris, peu après, que l'explosion avait eu lieu au fort d'Erbrandt, situé à peine à un

kilomètre du château que nous habitions. Le commandant de la garnison avait décidé de le faire sauter,

en l'évacuant. Le secousse fut si terrible qu'une lampe à pétrole, posée sur la table de la pièce ou nous

causions, fut éteinte, que des fenêtres furent ouvertes et d'autres brisées. Le bombardement de la ville

avait détruit les fils transmetteurs de l'énergie électrique ainsi que les tuyaux de l'usine à gaz, de sorte

qu'en fait de luminaire, il ne nous restait que les lampes à pétrole et la bougie.

On conçoit facilement que cette formidable explosion contribua fortement à nous rendre encore plus
nerveux. Toute la famille se réunit dans une grande pièce pour y passer la nuit; on improvisa des lits, et

chacun se blottit aussi bien que possible dans son coin.

Il était bien une heure du matin, dans la nuit du vendredi au samedi, lorsqu'une servante frappa à ma
porte et me dit que quelqu'un désirait me voir. Je me rendis à la porte où ce citoyen attendait. C'était un

Belge ou, plus exactement, un soi-disant Belge qui venait me donner le conseil de partir immédiatement

pour la Hollande avec toute ma famille. Il ajoutait que les Allemands avaient quitté Anvers quelques

heures auparavant, en gros détachements, qu'ils s'avançaient à grands pas vers Capellen, qu'ils étaient

rendus au village d'Eccheren, et qu'ils mettaient tout à feu et à sang sur leur passage. Il prétendait être

lui-même en route pour la Hollande avec sa vieille mère.

- D'où êtes-vous? lui demandai-je.

- De Contich.

- Où est votre mère?

- J'ai laissé ma mère dans une maison de paysans, à quelques pas d'ici, et je vais immédiatement la
rejoindre.

- C'est très bien, lui dis-je, et merci de vos bons conseils.

En me quittant, il insista de nouveau, disant:

- Il n'y a pas de temps à perdre, la vie de votre femme et de vos enfants est en danger.

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