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Hector Malot - En famille
rentrer chez eux, et comme elle ne voulait point, qu'ils la vissent se glisser dans le sentier de l'oseraie, elle alla s'asseoir dans le taillis qui dominait la prairie; quand elle serait seule, elle gagnerait l'aumuche, et la bien tranquille, la porte ouverte sur l'étang, en face du soleil couchant, assurée que personne ne viendrait la déranger, elle souperait sans se presser, ce qui serait autrement agréable que d'avaler les morceaux en marchant, comme elle avait fait pour son déjeuner.
Elle était si ravie de cet arrangement qu'elle avait hâte de le mettre à exécution; mais elle dut attendre assez longtemps, car après un passant, il en arrivait un autre, et après celui-là d'autres encore; alors l'idée lui vint de préparer son emménagement dans l'aumuche, qui sans doute était propre et confortable, mais pouvait le devenir plus encore avec quelques soins.
Le taillis où elle était assise se trouvait en grande partie formé de maigres bouleaux sous lesquels avaient poussé des fougères; qu'elle se fit un balai avec des brindilles de bouleau, et elle pourrait balayer son appartement; qu'elle coupât une botte de fougères sèches, et elle pourrait se faire un bon lit doux et chaud.
Oubliant la fatigue, qui, pendant les dernières heures de son travail, avait si lourdement pesé sur elle, elle se mit tout de suite à l'ouvrage: promptement le balai fut réuni, lié avec un brin d'osier, emmanché d'un bâton; non moins vite la botte de fougère fut coupée et serrée dans une hart de saule de façon à pouvoir être facilement transportée dans l'aumuche.
Pendant ce temps les derniers retardataires avaient passé dans le chemin, maintenant désert aussi loin qu'elle pouvait voir et silencieux; le moment était donc venu de se rapprocher du sentier de l'oseraie. Ayant chargé la botte de fougère sur son dos et pris son balai à la main, elle descendit du taillis en courant, et en courant aussi traversa le chemin. Mais dans le sentier, il, fallut qu'elle ralentit cette allure, car la botte de fougère s'accrochait aux branches et elle ne pouvait la faire passer qu'en se baissant à quatre pattes.
Arrivée dans l'îlot, elle commença par sortir ce qui se trouvait dans l'aumuche, c'est-à-dire le billot et la fougère, puis elle se mit à tout balayer, le plafond, les parois, le sol; et alors, sur l'étang comme dans les roseaux, s'élevèrent des vols bruyants, des piaillements, des cris de toutes les bêtes que ce remue-ménage troublait dans leur tranquille possession de ces eaux et de ces rives où depuis longtemps ils étaient maîtres.
L'espace était si étroit qu'elle eut vite achevé son nettoyage, si consciencieusement qu'elle le fit, et elle n'eut plus qu'à rentrer le billot ainsi que la vieille fougère en la recouvrant de la sienne qui gardait encore la chaleur du soleil, avec le parfum des herbes fleuries au milieu desquelles elle avait poussé.
Maintenant il était temps de souper et son estomac criait famine presque aussi fort que sur la route d'Écouen à Chantilly. Heureusement ces mauvais jours étaient passés, et établie dans cette jolie petite île, son coucher assuré, n'ayant rien à craindre de personne, ni de la pluie, ni de l'orage, ni de quoi que ce fut, un bon morceau de pain dans sa poche, par cette belle et douce soirée, elle ne devait se rappeler ses misères que pour les comparer à l'heure présente et se fortifier dans l'espérance du lendemain.
Comme en mangeant lentement son pain, qu'elle coupait, par petits morceaux de peur de l'émietter, elle ne faisait plus de bruit, la population de l'étang, rassurée, revenait à son nid pour la nuit, et à chaque instant c'étaient des vols qui rayaient l'or du couchant, ou des apparitions d'oiseaux aquatiques qui sortaient avec précaution des roseaux et nageaient doucement, le cou allongé, la tête aux écoutes pour reconnaître la position. Et comme leur réveil l'avait amusée le matin, leur coucher maintenant la
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