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Hector Malot - En famille
Cependant il s'adoucit: «As-tu mal?
- Pas trop.
- Alors file.»
Elles sortirent toutes les deux, Rosalie tenant sa main blessée, la gauche, dans sa main droite.
«Voulez-vous vous appuyer sur moi? demanda Perrine.
- Merci bien; ce n'est pas la peine, je peux marcher.
- Alors cela ne sera rien, n'est-ce pas?
- On ne sait pas; ce n'est jamais le premier jour qu'on souffre, c'est plus tard.
- Comment cela vous est-il arrivé?
- Je n'y comprends rien; j'ai glissé.
- Vous êtes peut-être fatiguée, dit Perrine pensant à elle-même.
- C'est toujours quand on est fatigué qu'on s'estropie; le matin on est plus souple et on fait attention. Qu'est-ce que va dira tante Zénobie?
- Puisque ce n'est pas votre faute.
- Mère Françoise croira bien que ce n'est pas ma faute, mais tante Zénobie dira que c'est pour ne pas travailler.
- Vous la laisserez dire.
- Si vous croyez que c'est amusant d'entendre dire.»
Sur leur chemin les ouvriers qui les rencontraient les arrêtaient pour les interroger: les uns plaignaient Rosalie; le plus grand nombre l'écoutaient indifféremment, en gens qui sont habitués à ces sortes de choses et se disent que ça a toujours été ainsi; on est blessé comme on est malade, on a de la chance ou on n'en a pas; chacun son tour, toi aujourd'hui, moi demain; d'autres se fâchaient:
«Quand ils nous auront tous estropiés!
- Aimes-tu mieux crever de faim?»
Elles arrivèrent au bureau du directeur, qui se trouvait au centre de l'usine, englobé dans un grand bâtiment en briques vernissées bleues et rases, où tous les autres bureaux étaient réunis; mais tandis que ceux-là, même celui de M. Vulfran, n'avaient rien de caractéristique, celui du directeur se signalait à l'attention par une véranda vitrée à laquelle on arrivait par un perron à double révolution.
Quand elles entrèrent sous cette véranda, elles furent reçues par Talouel, qui se promenait en long et en large comme un capitaine sur sa passerelle, les mains dans ses poches, son chapeau sur la tête.
Il paraissait furieux:
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