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Hector Malot - En famille
tomber à côté de sa voisine: un grand cri éclata, en même temps tout s'arrêta; et au tapage des machines, aux ronflements, aux vibrations, aux trépidations du sol, des murs et du vitrage succéda un silence de mort, coupé d'une plainte enfantine:
«Oh! la! la!
Garçons, filles, tout le monde s'était précipité; elle fit comme les autres, malgré les cris de la Quille qui hurlait:
«Tonnerre! mes broches arrêtées!»
Déjà Rosalie avait été relevée; on s'empressait autour d'elle, l'étouffant.
«Qu'est-ce qu'elle a?»
Elle-même répondit:
«La main écrasée,»
Son visage était pâle, ses lèvres décolorées tremblaient, et des gouttes de sang tombaient de sa main blessée sur le plancher.
Mais, vérification faite, il se trouva qu'elle n'avait que deux doigts blessés, et peut-être même un seul écrasé ou fortement meurtri.
Alors la Quille, qui avait eu un premier mouvement de compassion, entra en fureur et bouscula les camarades qui entouraient Rosalie.
«Allez-vous me fiche le camp? Vlà-t-il pas une affaire!
- C'était peut-être pas une affaire quand vous avez eu la quille écrasée», murmura une voix.
Il chercha qui avait osé lâcher cette réflexion irrespectueuse, mais il lui fut impossible de trouver une certitude dans le tas. Alors il n'en cria que plus fort:
«Fichez-moi le camp!»
Lentement on se sépara, et Perrine comme les autres allait retourner à son wagonet quand la Quille l'appela:
«Hé», la nouvelle arrivée, viens ici, toi, plus vite que ça.»
Elle revint craintivement, se demandant en quoi elle était plus coupable que toutes celles qui avaient abandonné leur travail; mais il ne s'agissait pas de la punir.
«Tu vas conduire cette bête-là chez le directeur, dit-il.
- Pourquoi que vous m'appelez bête? cria Rosalie, car déjà le tapage des machines avait recommencé.
- Pour t'être fait prendre la patte, donc.
- C'est-y ma faute?
- Bien sûr que c'est ta faute, maladroite, feignante...»
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