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Hector Malot - En famille

«N'ayez donc pas peur, répondit Rosalie qui avait compris son émotion; rien n'est plus facile.»

Perrine devina le sens de ces paroles plutôt qu'elle ne les entendit; car, depuis quelques, instants déjà, les
machines, les métiers s'étaient mis en marche dans l'usine, morte lorsqu'elle y était entrée, et maintenant

un formidable mugissement, dans lequel se confondaient mille bruits divers, emplissait les cours; aux

ateliers, les métiers à tisser battaient, les navettes couraient, les broches, les bobines tournaient, tandis

que dehors les arbres de transmission, les roues, les courroies, les volants, ajoutaient le vertige des

oreilles à celui des yeux.

«Voulez-vous parler plus fort? dit Perrine, je ne vous entends pas.

- L'habitude vous viendra, cria Rosalie, je vous disais que ce n'est pas difficile; il n'y a qu'à charger les
cannettes sur les wagonets; savez-vous ce que c'est qu'un wagonet?

- Un petit wagon, je pense.

- Justement, et quand le wagonet est plein, à le pousser jusqu'au tissage où on le décharge; un bon coup
au départ, et ça roule tout seul.

- Et une cannette, qu'est-ce que c'est au juste?

- Vous ne savez pas ce que c'est qu'une cannette? oh! Puisque je vous ai dit hier que les cannetières
étaient des machines à préparer le fil pour les navettes; vous devez bien voir ce que c'est.

- Pas trop.»

Rosalie la regarda, se demandant évidemment si elle était stupide; puis-elle continua:

«Enfin, c'est des broches enfoncées dans des godets, sur lesquelles s'enroule le fil; quand elles sont
pleines, on les retire du godet, on en charge les wagonets qui roulent sur un petit chemin de fer, et on les

mène aux ateliers de tissage; ça fait une promenade; j'ai commencé par là, maintenant je suis aux

cannettes.»

Elles avaient traversé un dédale de cours, sans que Perrine, attentive à ces paroles, pour elles si pleines
d'intérêt, put arrêter ses yeux sur ce qu'elle voyait autour d'elle, quand Rosalie lui désigna de la main une

ligne de bâtiments neufs, à un étage, sans fenêtres, mais éclairés à l'exposition du nord par des châssis

vitrés qui formaient la moitié du toit.

«C'est là», dit-elle.

Et aussitôt ayant ouvert une porte, elle introduisit Perrine dans une longue salle, où la valse vertigineuse
de milliers de broches en mouvement produisait un vacarme assourdissant.

Cependant, malgré le tapage, elles entendirent une voix d'homme qui criait:

«Te voilà, rôdeuse!

- Qui, rôdeuse? qui rôdeuse? s'écria Rosalie, ce n'est pas moi, entendez-vous, père la Quille?

- D'où viens-tu?

- C'est l'Mince qui m'a dit de vous amener cette jeune fille pour que vous la mettiez aux wagonets,»

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