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Hector Malot - En famille
- Je me suis levée de bonne heure, pour me promener un peu.
- Ah! bon. Je vous ai cherchée.
- Je vous remercie bien; mais il ne faut jamais me chercher, je suis matineuse.»
On arrivait à l'entrée des ateliers, et le flot s'engouffrait dans l'usine sous l'oeil d'un homme grand, maigre, qui se tenait à une certaine distance de la grille, les mains dans les poches de son veston, le chapeau de paille rejeté en arrière, mais la tête un peu penchée en avant, le regard attentif, de façon que personne ne défilât devant lui sans qu'il le vît.
«Le Mince», dit Rosalie d'une voix sifflée.
Mais Perrine n'avait pas besoin de ce mot; avant qu'il lui fût jeté, elle avait deviné dans cet homme le directeur Talouel.
«Est-ce qu'il faut que j'entre avec vous? demanda Perrine.
- Bien sûr.»
Pour elle, le moment était décisif, mais elle se raidit contre son émotion: pourquoi ne voudrait-il pas d'elle puisqu'on acceptait tout le monde?
Quand elles arrivèrent devant lui, Rosalie dit à Perrine de la suivre et, sortant de la foule, elle s'approcha sans paraître intimidée:
«M'sieu le directeur, dit-elle, c'est une camarade qui voudrait travailler.»
Talouel jeta un rapide coup d'oeil sur cette camarade:
«Dans un moment nous verrons», répondit-il.
Et Rosalie, qui savait ce qu'il convenait de faire, se plaça à l'écart avec Perrine.
À ce moment un brouhaha se produisit à la grille et les ouvriers s'écartèrent avec empressement, laissant le passage libre au phaéton de M. Vulfran, conduit par le même jeune homme que la veille: bien que tout le monde sût qu'il ne pouvait pas voir, toutes les têtes d'hommes se découvrirent devant, lui, tandis que les femmes saluaient d'une courte révérence.
«Vous voyez qu'il n'arrive pas le dernier», dit Rosalie.
Le directeur fit quelques pas pressés au-devant du phaéton:
«Monsieur Vulfran, je vous présente mon respect, dit-il le chapeau à la main.
- Bonjour, Talouel.»
Perrine suivit des yeux la voiture qui continuait son chemin, et, quand elle les ramena sur la grille, elle vit successivement passer les employés qu'elle connaissait déjà: Fabry l'ingénieur, Bendit, Mombleux et d'autres que Rosalie lui nomma.
Cependant la cohue s'était éclaircie, et maintenant ceux qui arrivaient couraient, car l'heure allait sonner.
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