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Hector Malot - En famille

- C'est ma tante Zénobie, dit Rosalie à mi-voix, elle n'est pas toujours commode.

- Qué que tu chuchotes?

- Je dis que si on ne m'avait pas aidé à porter le panier, je ne serais pas arrivée.

- Tu ferais mieux ed' d'te taire, arkanseuse.»

Comme ces paroles étaient, jetées sur un ton criard, une grosse femme se montra dans le corridor.

«Qu'est-ce que vos avé core à argouiller? demanda-t-elle.

- C'est tante Zénobie qui me reproche d'être en retard, grand'mère; il est lourd le panier.

- C'est bon, c'est bon, dit la grand'mère placidement, pose là ton panier, et va prendre ton fricot sur le
potager, tu le trouveras chaud.

- Attendez-moi dans la cour, dit Rosalie à Perrine, je reviens tout de suite, nous dînerons ensemble; allez
acheter votre pain; le boulanger est dans la troisième maison à gauche; dépêchez- vous.»

Quand Perrine revint, elle trouva Rosalie assise devant une table installée à l'ombre d'un pommier, et sur
laquelle étaient posées deux assiettes pleines d'un ragoût aux pommes de terre.

«Asseyez-vous, dit Rosalie, nous allons partager mon fricot.

- Mais...

- Vous pouvez accepter; j'ai demandé à mère Françoise, elle veut bien.»

Puisqu'il en était ainsi, Perrine crut qu'elle ne devait pas se faire prier, et elle prit place à la table.

«J'ai aussi parlé pour votre logement, c'est arrangé; vous n'aurez qu'à donner vos vingt-huit sous à mère
Françoise: v'là où vous habiterez.»

Du doigt elle montra un bâtiment aux murs d'argile dont on n'apercevait qu'une partie au fond de la cour,
le reste étant masqué par la maison en briques, et ce qu'on en voyait paraissait si usé, si cassé qu'on se

demandait comment il tenait encore debout.

«C'était là que mère Françoise demeurait avant de faire construire notre maison avec l'argent qu'elle a
gagné comme nourrice de M. Edmond. Vous n'y serez pas aussi bien que dans la maison; mais les

ouvriers ne peuvent pas être logés comme les bourgeois, n'est- ce pas?

À une autre table placée à une certaine distance de la leur, un homme de quarante ans environ, grave,
raide dans un veston boutonné, coiffé d'un chapeau à haute forme, lisait avec une profonde attention un

petit livre relié.

«C'est M. Bendit, il lit son Pater,» dit Rosalie à voix basse.

Puis tout de suite, sans respecter l'application de l'employé, elle s'adressa à lui:

«Monsieur Bendit, voilà une jeune fille qui parle anglais.

- Ah!» dit-il sans lever les yeux.

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